Mathias Mlekuz : « Je me souviendrai toujours de la rencontre avec le public »

Mathias Mlekuz : « Je me souviendrai toujours de la rencontre avec le public »
Film
  • "À bicyclette", le documentaire du Montreuillois Mathias Mlekuz est nommé aux César, qui auront lieu le 26 février.
  • Depuis sa sortie, ce film à petit budget, qui a failli ne jamais être distribué, a fait près de 600 000 entrées.
  • Son réalisateur a accepté de nous rencontrer quelques jours avant la grand-messe du cinéma.

Il y a un an, le réalisateur et comédien montreuillois Mathias Mlekuz présentait en salle son documentaire À Bicyclette, un road trip initiatique, à la fois drôle et émouvant, inspiré par la tragique disparition de son fils aîné, en 2022. Le succès – critique et public – a tout de suite été au rendez-vous. Aujourd’hui, le film est nommé aux César dans la catégorie « Meilleur film documentaire ». Pour revenir sur la genèse de ce projet et évoquer l’actualité, Mathias Mlekuz nous a gentiment ouvert la porte de son logis, quelque part à Montreuil.

Qu’est-ce que ça vous fait d’être nommé aux César ?

Il ne faut pas se mentir : avoir la reconnaissance de ses pairs, c’est gratifiant, très agréable. En tout cas, je suis prêt, j’ai déjà préparé mon discours.

À Bicyclette est à la base un « petit » film qui a connu un grand succès…

Oui, et c’était loin d’être gagné. Aucun distributeur n’en voulait au motif qu’il n’y avait pas d’acteurs bankables, qu’on ne savait pas si on avait affaire à un documentaire ou une fiction et qu’il abordait un sujet considéré comme trop glauque, le suicide. Le point de bascule a eu lieu en août 2024 lors du Festival du film francophone d’Angoulême où le film a été sélectionné et programmé en compétition. Ce qui lui a permis d’être projeté six fois. La rencontre avec le public a été incroyable, les retours ont été hyper positifs. Le distributeur indépendant Ad Vitam s’est alors positionné et s’est décidé à nous accompagner dans cette aventure. De septembre 2024 jusqu’à la sortie du film en salles, en février 2025, Philippe [Rebbot, l’autre acteur du film et ami proche] et moi avons sillonné la France en long, en large et en travers. Ça a été tellement prenant qu’il n’a pas été facile de passer à autre chose.

Comment est né ce film ?

Après la mort de mon fils, j’avais besoin de garder le lien. Il était clown, alors j’ai fait un stage pour faire comme lui. Je suis ensuite parti au Brésil pour faire un trek qu’il avait fait quelques années plus tôt. Puis j’ai eu envie de rallier, comme lui, à vélo, Istanbul depuis La Rochelle. Mon objectif était d’y retrouver Marzieh, la dernière femme à qui Youri a dit « Je t’aime ». J’ai proposé à mon vieil ami Philippe de m’accompagner. Il m’a dit « ok, mais à une condition : on fait de ce périple un film ».

« Un de mes fils souhaite devenir président de la République, nous avons décidé d’en faire un film »

Comment ce film a-t-il été conçu ?

De manière assez singulière car nous n’avons écrit aucun scénario, le film repose sur l’impro. Sur le tournage, qui a duré cinq semaines, nous étions cinq : un chef opérateur, un cadreur, un ingénieur du son, Philippe et moi. L’histoire s’est construite durant le montage. On se levait le matin et on ne savait pas du tout ce qu’on allait faire. Cette liberté totale est extrêmement rare car dans le cinéma, une journée de tournage est tellement chère que le droit à l’erreur et à la flânerie n’existe pas.

Ce film vous a-t-il fait du bien sur le plan personnel ?

Je l’ai fait avec cet objectif-là. Marcher dans les pas de mon fils a été une expérience fantastique mais cela m’a aussi démoli physiquement et psychiquement. Ce qui m’a fait le plus de bien finalement, c’est la rencontre avec le public. Des gens, qui ont eu aussi à faire face un jour au suicide d’un de leurs proches, sont venus me voir pour en parler, briser ce tabou qui hante de nombreuses familles. Car derrière la tristesse, le deuil, il y a la culpabilité, et cette éternelle question : qui a tué le suicidé ? Quand quelqu’un me dit : « Grâce à votre film, j’ai enfin pu évoquer ce sujet avec ma famille, chose que je n’avais jamais osé faire », c’est ma plus grande fierté.

Comment, après un tel film, on envisage la suite ?

Cette question s’est en effet très vite posée. Quand sur un plateau de tournage, souffle un tel vent de légèreté, il est difficile de passer à autre chose. Avec Philippe, l’objectif était de travailler de nouveau ensemble en gardant cet esprit insouciant. Mon prochain film sortira, si tout va bien, à la fin de l’année. Il s’intitule Mon fils président, et met en scène mon fils Manolo, 19 ans, qui nourrit la sérieuse ambition, depuis qu’il est enfant, de devenir président de la République. Nous l’avons donc suivi sur les routes de France à la recherche de ses 500 parrainages.

Propos recueillis par Grégoire Remund

Photo: ©Nicolas Moulard

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