10 ans après Swagger, que sont-ils devenus ?
- En mai 2016, ils et elles montaient les marches de Cannes en vedettes de « Swagger », réalisé par Olivier Babinet.
- Ce documentaire montre les rêves et les peurs de 11 élèves du collège Debussy d’Aulnay-sous-Bois, filmés par la caméra bienveillante du réalisateur.
- 10 ans plus tard, Régis, Salimata, Astan et Paul se retournent sur le chemin parcouru et nous disent ce qu’ils sont devenus.
En mai 2016, ils et elles montaient les marches de Cannes, au même titre que Jessica Chastain, Golshifteh Farahani ou Ken Loach. Régis, Naïla, Aïssatou, Nazario, enfants d’Aulnay-sous-Bois, étaient les stars sensibles et touchantes de « Swagger », documentaire d’Olivier Babinet.
Âgés de 11 à 15 ans, ces élèves du collège Debussy y évoquaient leurs rêves et leurs envies, mais aussi la violence ou les inégalités sociales dont ils avaient parfois fait l’expérience. Dix ans plus tard, la vie s’est chargée d’exaucer leurs envies ou de les reformuler, comme pour chacun d’entre nous. Mais un point commun lie à jamais ces onze protagonistes : comme beaucoup d’entre eux·elles le soulignent, « Swagger » a ouvert leur horizon, leur faisant comprendre qu’eux·elles aussi étaient légitimes à trouver une place dans la société française, n’en déplaise aux semeurs de haine professionnels.
« Swagger, ça reste un grand moment dans ma vie. Nous, enfants issus de la banlieue, on n’aurait jamais pensé qu’un film nous emmènerait aussi loin, qu’on pourrait autant s’intéresser à nous », explique ainsi Salimata, 15 ans au moment du tournage et aujourd’hui conseillère en économie sociale et familiale dans le Val d’Oise. « Le film n’est bien sûr qu’un instant de leur vie, mais ce dont on est fier·e avec la productrice Marine Dorfmann, c’est de leur avoir accordé de l’attention. Mais ils m’ont apporté autant que je leur ai apporté. », rembobine Olivier Babinet, de retour cette année au collège Debussy, toujours dans le cadre d’une résidence portée par le Département où il sera cette fois question d’intelligence artificielle. Nous avons contacté 6 de ces 11 « swaggers » pour savoir, 10 ans après, ce qu’ils devenaient.
- Régis Nkissi
Amateur de sapologie et de réparties stylées, il crevait l’écran dans « Swagger ». On a encore en tête la scène où il déboule, au ralenti, au bras de Salimata, en personnage populaire du collège, comme dans un « teen movie ». A l’époque, ce garçon de 15 ans se rêvait en créateur de mode. Aujourd’hui, il est comédien professionnel, a passé le Conservatoire d’art dramatique de Paris et écrit un roman, « Comment Marilyn m’a sauvé la vie ». « J’ai choisi le cinéma parce qu’au final, c’est ce qui m’a permis de me construire, nous raconte-t-il au téléphone. La vie était tellement dure autour de moi à l’époque que je n’arrivais à m’extirper de ce monde que par la télé. A des moments, j’ai pu être victime d’attaques homophobes, mais le soir je dînais avec Xavier Dolan, avec Belmondo, avec Marilyn (Monroe) donc quelque part j’ai pu me protéger de ça. »Toujours aussi enjoué qu’à l’époque, il travaille aussi à son premier court-métrage, sur sa mère Félicité, produit par Marine Dorffman, l’une des deux productrices de « Swagger ».
- Salimata Gonle
« Ce que je dirais à la jeune Salimata qu’on voit dans Swagger ? Crois en tes rêves, aie confiance en toi et ouvre ton esprit. Et d’une certaine manière, c’est tout ce qu’a permis Swagger ! » A 25 ans, Salimata est une jeune femme épanouie, qui n’a jamais dévié de sa fibre sociale et maman de 2 enfants. Elle qui est conseillère en économie sociale et familiale dans le Val d’Oise n’a pas choisi ce métier par hasard : « Dans mon métier, je suis des familles en situation de précarité. Je m’occupe de l’ouverture de leurs droits, les accompagne éventuellement au niveau budgétaire… Depuis petite, je voulais travailler avec des personnes rencontrant des difficultés. » Elle qui habite désormais le Val d’Oise ne manque pas de revenir voir son père et sa sœur, toujours installés à Aulnay.
- Elvis Zannou
Qui aurait pu croire que derrière le timide Elvis se cachait un brillant orateur ? A 25 ans, le jeune homme est aujourd’hui président d’une association de soutien aux jeunes, qu’il a lui-même fondée, la Maison de la Jeunesse engagée, à Aulnay. « Swagger, ç’a vraiment été un déclic pour moi, se souvient-il. Cannes notamment m’a transformé. C’était la première fois que je découchais de chez moi. Tout à coup, vous êtes dans la même salle que Gims et Rihanna et vous voyez votre tête en première page de Nice Matin. D’abord j’ai eu le syndrome de l’imposteur et ensuite je me suis dit que non, j’avais des choses à dire, sur les jeunes de banlieue et la jeunesse en général. », explique ce Franco-Béninois qui incite tous les jeunes de double culture à le clamer bien haut et fort.
- Astan Gonle
Comme sa sœur Salimata, Astan a éprouvé le besoin de se sentir utile à travers son métier. Pas un hasard là non plus si elle est en dernière année d’école d’infirmière, à Gonesse. Elle qui intervient pour l’instant à l’hôpital de Gonesse se verrait bien plus tard travailler en libéral, « plus confortable au sens où on a plus de temps pour les patients et leur famille ». On a encore en tête le moment où dans le documentaire, elle évoque la mort tragique de Mamadou Fofana, un jeune des 3000 d’Aulnay poignardé dans une rixe et dont une plaque commémore le souvenir au collège Debussy. Elle aussi jette un regard plein de reconnaissance sur ce que fut l’aventure « Swagger » : « Je ne pensais pas que le film prendrait une telle ampleur, qu’on irait jusqu’à Cannes et aussi qu’il m’aiderait à prendre confiance. A l’époque, j’étais vraiment timide et je pense avoir beaucoup changé. La petite fille hésitante qui apparaît dans le documentaire, je lui dirais donc : « Vas-y fonce, ça va bien se passer. »
- Paul-David Turgot
C’était une autre des images fortes de Swagger : Paul déambulant dans les couloirs du centre commercial du Galion (désormais démoli) chantant en play-back sur du rockabilly en mode comédie musicale. Âgé désormais de 25 ans, ce mordu de musique l’est resté et en a fait son métier. Lui qui jouait déjà de la batterie dans le cadre notamment de l’aumônerie de son élise catholique a ajouté à sa palette du piano et de la guitare puisqu’il compose. « J’essaie notamment de mixer les influences indiennes et pop », explique ce natif de parents de Pondichéry, un ancien comptoir français en Inde. Là encore, « Swagger » a servi d’accélérateur dans sa passion musicale : « Comme il savait que j’étais fan de musique, Olivier (Babinet) m’avait mis en contact avec l’équipe son du film. Ça m’a permis de comprendre beaucoup de techniques de la bande son et mené vers ce que je fais aujourd’hui, régisseur audiovisuel. »
- Mariyama Diallo
Sur l’affiche de Swagger, on la voit en train de sauter à la corde avec une copine. Depuis, Mariyama, 22 ans désormais, a bien grandi : là voilà en 5e et dernière année d’études de sage-femme à la maternité de l’hôpital Robert Debré, dans le 20e arrondissement de Paris. Mais il ne s’agit là que de son lieu de stage, car pour ses études assez poussées, Mariyama est partie s’établir à Lille. « Depuis toute petite, je savais que je voulais travailler dans le domaine de la santé. J’ai finalement choisi sage-femme parce que je voulais accoucher d’autres femmes mais aussi pour mieux connaître le corps des femmes », explique-t-elle. De Swagger, elle a aimé l’ambiance, le partage avec les amis et « aussi les différents univers que le film nous a ouverts : la télé, de nouveaux endroits comme Biarritz où on avait fait une projection… » Autant d’éléments qui font qu’elle la discrète ne dirait pas non si un jour, une suite était envisagée à « Swagger »… Ce qui est le cas! Olivier Babinet nous a confié travailler actuellement sur une suite, « Forever Swagger ».
Propos recueillis par Christophe Lehousse