Simon

Simon vit en maison de retraite depuis plusieurs années. Il endure le harcèlement quotidien d’une aide-soignante. Cette relation brutale réveille en lui des émotions anciennes qui remontent à la surface. Comment faire entendre sa voix dans un cadre institutionnel qui possède ses propres règles ? Comment être reconnu comme une victime par son entourage, lorsque l’on souffre d’un comportement harcelant ? Mais où commence une situation de harcèlement et comment la reconnaître ?

Le pardon impossible

Pendant près de dix mois, Simon s’est dit harcelé par Jessica, aide-soignante de la maison de retraite où il réside. Afin de résoudre la situation, le directeur de l’établissement a proposé une réunion de conciliation, pour pardonner et passer l’éponge. Mais Simon n’est pas prêt à tourner la page et reste sur ses positions.

« C’était hier la réunion. Et bon ben le sujet était que tout le monde est beau, tout le monde il est gentil. Ben moi, pas du tout, y’a pas de raison. J’ai pas de cadeau à lui faire. Dix mois, elle m’a fait dix mois de harcèlement… »

À la situation harcelante qu’il a vécu, se mêle un souvenir traumatisant plus ancien. Il y a une cinquantaine d’années, un de ses amis, employé dans une maison de retraite, s’est suicidé.

Le passé et le présent

Vouant une véritable rancœur envers Jessica, son aide-soignante, Simon se sent comme une victime.

« Je lui ferai pas de cadeau à cette garce et à cette vipère. J’lappelle ma garce et ma vipère. Nan, je peux pas pardonner. »

Il semble avoir souffert en silence des traitements harcelants que Jessica lui a fait subir, personne ne lui étant venu en aide.

« Y me dit de réfléchir le directeur et la gouvernante, j’dis et vous, vous avez même pas bougé pendant dix mois. J’ai été harcelé et vous le saviez, hein ? »

Simon semble se heurter au fonctionnement de sa maison de retraite qu’il n’accepte pas et ne comprend pas.

« Le directeur, il respecte mes idées, mais lui, il défend la maison de retraite. »

« C’est tous des lâches dans des maisons comme ça, c’est tous des lâches. Quand y’a le feu dans la maison, ils essaient de camoufler et caetera. »


La souffrance de Simon se nourrit d’un souvenir plus ancien. Le suicide, il y a 50 ans, de son ami François, alors employé dans une maison de retraite, vient le hanter. François était lui-même harcelé par son entourage.
Le lien se fait en Simon, entre l’émotion du passé et la situation qu’il vit dans le présent.

« J’avais un ami dans une maison de retraite, y’a cinquante ans et coïncidence du destin, mon ami s’est suicidé. C’était un employé comme moi. Et il s’est suicidé exactement pour les mêmes motifs que ma garce. Et je savais pas ce que ça veut dire harcèlement. J’connaissais pas le sujet. C’est maintenant que, oh…il est plus de ce monde. C’est maintenant que je comprends mieux. Il s’appelait François. »


Pour Simon, c’est bien le harcèlement qui a conduit François à se suicider. Le même harcèlement que lui même a subi pendant de nombreux mois.

« Nan, je peux pas pardonner. Et si je le faisais, en l’honneur de mon ami d’il y a cinquante ans. »

La colère du passé est encore présente en Simon et se mêle à son émotion présente. Simon exprime un souhait :

« J’veux pas que ça arrive à d’autres. Et ça, c’est mon but. Voilà. »

Parfois, Simon rêve de la maison de retraite idéale, différente de son environnement actuel.

« Y me reste l’autre solution, c’est de monter une maison de retraite ! Ce serait très familial. Que quand y viennent voir la famille, que ce soit pas comme ici un sanctuaire, un mouroir. »

Le témoignage audio de Simon



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