Pour Stéphane Troussel, le 8 mars en Seine-Saint-Denis, c’est « toute l’année »

Discours prononcé lors de la 11ème Rencontre départementale de l’Observatoire des violences envers les femmes mardi 26 février à la MC93 de Bobigny.

Madame la Vice-présidente du Conseil régional d’Ile-de-France, chère Henriette Zoughebi,
Monsieur le Conseiller général délégué en charge de l’Observatoire, cher Gilles Garnier,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les représentants des services de l’Etat
Mesdames et Messieurs les responsables associatifs,
Mesdames et Messieurs, chers amis,

Permettez-moi, tout d’abord de vous remercier chaleureusement d’avoir répondu, cette année encore, si nombreuses et nombreux à l’invitation du Conseil général, pour participer aux débats de cette 11ème Rencontre départementale de l’Observatoire des violences envers les femmes du Conseil général de la Seine-Saint-Denis.

Une fois encore, nous sommes rassemblés pour rappeler l’actualité, et même l’urgence, de la lutte contre toutes les formes d’inégalités et de violences qui s’exercent à l’encontre des femmes. C’est là tout le sens de la Journée internationale des Femmes, que nous célébrons aujourd’hui avec un peu d’avance. Vous le savez toutes et tous, mais je tiens à le souligner : contrairement à ce que beaucoup croient, à tort, ce n’est pas seulement une journée de célébration des femmes, faite pour les mettre à l’honneur, rappeler leur place dans la société ou encore saluer leur succès.

C’est résolument une journée d’engagement, qui réaffirme l’exigence de poursuivre le combat pour la défense des droits des femmes et la promotion d’une véritable égalité entre les sexes.

Malgré les avancées réalisées – je devrais dire conquises !- dans la seconde moitié du XXème siècle, et bien que l’égalité soit inscrite dans nos lois, mais elle n’est toujours pas suffisamment ancrée dans nos têtes. C’est, aujourd’hui encore, une bataille à mener au quotidien, qui appelle la mobilisation de toutes et tous. Les hommes autant que les femmes. Ici et partout dans le monde.

C’est pourquoi je veux aussi avoir une pensée pour toutes les femmes qui voient chaque jour leur dignité bafouée dans les pays où leurs droits sont niés. Une pensée pour toutes les victimes de l’oppression et de la barbarie, réduites au silence sous le joug d’une domination masculine ancestrale. Une pensées pour toutes les résistantes de la liberté, qui se battent pour conquérir, ou seulement conserver, l’égalité qui seule leur permet d’exercer une véritable citoyenneté. A toutes ces femmes anonymes mais admirables, qui portent l’espoir d’un monde plus humain parce que plus juste, je veux dédier cette journée.

Depuis plus de 10 ans, le 8 mars en Seine-Saint-Denis, c’est « toute l’année », comme en atteste l’action conduite au quotidien par notre Observatoire départemental des violences envers les femmes. En cette journée symbolique, je veux évidemment rendre hommage à l’engagement de ceux qui ont présidé à sa création, et je salue tout particulièrement l’investissement exemplaire de Gilles Garnier, qui en a aujourd’hui, à nouveau, la responsabilité. Avec la complicité d’Ernestine Ronai et son équipe, il accomplit un travail remarquable, unanimement reconnu. Qu’ils en soient chaleureusement remerciés.

Ce n’est pas un hasard si, il y a trois mois, ici même, la ministre des Droits des Femmes participait à nos Rencontres « Femmes du Monde en Seine-Saint-Denis », illustrant par sa seule présence la pertinence de nos débats et nos combats. Quelle immense satisfaction de l’avoir entendue annoncer la création de la Mission Interministérielle pour la Protection des Femmes victimes de violences et la lutte contre la traite des être humains, mise en place sur le modèle de notre structure départementale. Quelle fierté, pour la Seine-Saint-Denis, d’avoir inspiré ce progrès majeur, qui constitue, à mes yeux, la reconnaissance d’un combat que nous avons inscrit au cœur des priorités politiques de notre Département.

Nos efforts ont même été récompensés au-delà de nos espérances, puisque la coordination nationale de la lutte contre les violences, au sein de la MIPROF, a été judicieusement confiée à Ernestine Ronai. Je veux donc publiquement l’en féliciter, et surtout la remercier chaleureusement de continuer à présider aux destinées de l’Observatoire, en partageant son temps entre ces deux structures. J’y vois le signe d’un encouragement à poursuivre notre rôle d’éclaireur et de défricheur :
inventer des dispositifs innovants, les tester à l’échelle de la Seine-Saint-Denis, puis créer les conditions de leur généralisation à l’ensemble du territoire, au bénéfice de toutes les femmes de France.

Vous le savez toutes et tous ici : année après année, les dispositifs que l’Observatoire a expérimentés ont fini par constituer un véritable arsenal protecteur pour les femmes et leurs enfants. Le programme de cette journée atteste de l’efficacité de cette politique publique dont la mise en œuvre nous permet d’affirmer que oui, « mieux protéger, c’est possible ». Je ne détaillerai pas ces mesures, car vous les connaissez bien, mais permettez-moi d’en citer quelques-unes particulièrement emblématiques :

-  le téléphone portable d’alerte pour les femmes qui sont en très grand danger qui, après trois ans d’expérimentation en Seine-Saint-Denis, va être pérennisé dans notre département et généralisé à la France entière, comme Najat Vallaud-Belkacem s’y est engagée ici même ;

-  le protocole départemental de mise en œuvre de l’ordonnance de protection, qui garantit une réelle application de cette disposition de la loi du 9 juillet 2010 ;
-  la mesure d’accompagnement protégé des enfants, qui assure la présence d’un adulte auprès de l’enfant lorsque le père auteur de violences exerce son droit de visite, et permet ainsi d’éviter les contacts entre les parents et le risque de nouvelles violences.

Chacune de ces mesures constitue une réponse concrète à l’urgence des situations de détresse et de souffrance. Mais surtout, grâce à leur complémentarité, c’est un accompagnement global et durable que nous pouvons leur offrir, afin qu’elles puissent reprendre véritablement leur vie en main, avec leurs enfants, après être sorties de l’enfer des violences.

C’est là tout le sens du dispositif « Un toit pour elle », auquel s’est associé l’Office départemental de l’Habitat fin 2011. En tant que président de cette structure, je suis heureux et fier d’annoncer aujourd’hui que nous allons doubler le nombre de logements affectés à ce dispositif.
Chaque année, ce ne sont donc plus 5 mais 10 appartements qui pourront être mis à la disposition des femmes, qui doivent être relogées dans de bonnes conditions et de manière pérenne, après avoir quitté le domicile conjugal.

Vous le voyez, c’est bien par une coopération étroite avec nos partenaires et l’ensemble des professionnel-le-s qui nous accompagnent, que nous avons pu bâtir, peu à peu, une culture commune d’action. Soyons-en convaincus : ce n’est que par une démarche collective et concertée que nous pourrons contribuer, ensemble, à renverser les obstacles culturels qui s’opposent à l’émancipation des femmes. Que nous pourrons faire reculer les discriminations séculaires qui nourrissent les inégalités entre les sexes. Que nous pourrons abolir – enfin ! – les schémas et les stéréotypes hérités d’une domination masculine qui n’a que trop duré.

Bousculer les consciences et les habitudes : voilà le défi que nous devons d’abord relever pour construire cette société de l’égalité. Chacune et chacun de vous ici y contribue et je me réjouis que le Conseil général soit en première ligne sur tous les fronts où ce combat s’impose : la vie politique, le monde du travail, la sphère familiale, les établissements scolaires et universitaires, les espaces publics…

Ce sont évidemment autant de domaines et de lieux où perdurent les inégalités ; autant d’univers où surgissent encore trop souvent des comportements sexistes, des plus anodins aux plus révoltants. Nous ne le savons que trop bien : le sexisme qui assigne aux femmes et aux hommes des rôles et des fonctions, dans la vie professionnelle comme dans la vie privée, constitue le terreau des violences envers les femmes. C’est donc sans réserve et sans relâche qu’il faut en combattre toutes les expressions, à tous les âges de la vie. Une fois encore, le Conseil général a choisi de montrer l’exemple en mettant en place des dispositifs innovants, dans tous les champs de son action.

Je pense tout particulièrement à notre opération « Jeunes contre le sexisme », organisée dans les collèges du département en direction des élèves de 3ème. Grâce à nôtre partenariat avec la Direction académique des services de l’Education nationale et le Mouvement français pour le planning familial de Seine-Saint-Denis, nous conduisons un travail de sensibilisation en profondeur, pour développer une culture de respect mutuel entre les filles et les garçons.

Chaque année, nous sommes fiers de voir les 1500 collégiennes et collégiens qui participent à ce programme s’emparer de cette question avec tant d’intelligence, de sensibilité et de créativité. En produisant eux-mêmes les instruments avec lesquels ils pensent pouvoir lutter le plus efficacement contre le sexisme dans leur vie quotidienne, ils nous offrent aussi, à nous les adultes qui avons la responsabilité de l’action publique, de magnifiques outils pour faire avancer l’égalité.

Je suis donc très heureux que la rencontre d’aujourd’hui nous donne l’occasion de vous présenter la belle brochure que le Conseil général vient d’éditer pour faire mieux connaître ce dispositif. Vous pourrez y voir la richesse des propositions que les collégiennes et collégiens ont imaginées depuis cinq ans, à la faveur de cette expérience. Dessins, affiches, chansons, poèmes, rap ou slam : quelle que soit la forme d’expression artistique choisie, chacune de ces créations constitue un véritable encouragement à faire évoluer les mentalités, pour construire des rapports humains fondés sur le respect et l’égalité.
J’espère que cette démarche pourra inspirer des initiatives similaires dans d’autres collectivités ou même, rêvons un peu, dans tous les établissements scolaires en France.

En tant que Président d’un Département résolument pionnier en la matière, je me félicite que les idées et les mesures expérimentées avec succès en Seine-Saint-Denis soient aujourd’hui reprises, développées et mises en œuvre ailleurs. Mais si nous entendons continuer à montrer la voie à la France entière, nous devons commencer par montrer l’exemple au sein même de notre collectivité. A cet égard, j’ai pu constater, dès mon élection à la Présidence, que ce n’était malheureusement pas toujours le cas…

J’ai donc tenu à engager, immédiatement, une action visant à corriger ces manques, voire ces manquements, afin de nous conformer, en interne, aux convictions que nous portons à l’extérieur. Je suis donc heureux de vous annoncer que, depuis le 1er janvier, il n’y a plus de demoiselles au Conseil général de la Seine-Saint-Denis ! Oui, « Mademoiselle » a enfin disparu des feuilles de paie de nos agentes et de tous les autres documents administratifs. Il était temps, me direz-vous !

Mais ce léger retard n’est rien en comparaison de celui que nous accusons dans le domaine de la féminisation des noms et des fonctions. La loi relative à cette évolution date de 2000. Et 12 ans après, elle n’était toujours pas appliquée dans les services départementaux ! J’ai donc demandé à la Direction générale des Services de procéder à la féminisation de tous les noms de métiers, sur l’ensemble des supports papier ou électronique du Département, dans toutes les directions. C’est un long et lourd travail, je le sais. Je remercie donc par avance les agents départementaux qui vont mettre en œuvre cette décision, qui aura trouvé une traduction concrète, dans tous les services, d’ici fin 2013.

Je tiens à le préciser : ce changement ne sera pas laissé à l’appréciation des collaboratrices, quelle que soit leur fonction, mais appliqué à toutes. Ainsi, même si une directrice juge plus « respectable » de se faire appeler « directeur », elle n’en aura plus la possibilité. Je le regrette pour elle, mais je m’en réjouis pour toutes les autres ! Car cette démarche permettra non seulement d’accroître la visibilité des femmes au sein du département, mais elle montrera aussi qu’elles peuvent aujourd’hui occuper tous les postes, quel que soit leur grade ou leur métier.

Je tiens d’ailleurs à rassurer celles et ceux qui, aux postes de direction, s’inquièteraient de cette évolution nécessaire : ils et elles seront bientôt spécifiquement sensibilisés à la lutte contre les clichés et les attitudes sexistes. En effet, à l’instar de tous les ministres et leurs cabinets qui ont reçu une formation de deux heures à l’automne dernier, je souhaite que tous les élus du Département, ainsi que l’encadrement des services, puissent bénéficier d’une formation similaire au cours de l’année. Si les ministres ont trouvé le temps d’y assister, je ne doute pas que nos Vice-présidents, conseillers généraux, directeurs et directrices pourront dégager quelques heures dans leur agenda.

Avec cette proposition, mon objectif est clair : que chacune et chacun ici, dans l’exercice de ses fonctions, mais aussi dans sa vie personnelle, amicale, familiale, ou dans son rôle de parent, puisse contribuer à faire reculer tous les comportements qui portent atteinte à la dignité, à la liberté, à l’égalité.

En cette journée du 8 mars « par anticipation », soyons-en donc toutes et tous convaincus : en faisant avancer la cause des femmes, c’est la société tout entière que nous faisons progresser.}

Je vous remercie.

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