Patrick

Diabétique et souffrant de problèmes cardiaques importants, Patrick est reconnu invalide à 80 %. Il a 59 ans et habite en HLM. Patrick se plaint des comportements harcelants de son voisinage qui fragilisent son état de santé et accentuent son humeur dépressive. Comment reconnaître les signes du harcèlement dans des situations de la vie quotidienne ? Où commence le harcèlement pour une personnalité dépressive ? Comment les pouvoirs publics peuvent-ils accompagner ceux qui ont besoin d’être aidés mais qui ne le demandent pas ?

L’échec de la conciliation

Face aux comportements de ses voisins qu’il ressent comme harcelants, Patrick alerte le 39 77, le numéro spécial contre la maltraitance. Une médiation est alors proposée, mais ne donne aucun résultat. Le quotidien de Patrick est marqué par des sentiments de persécution, de peur et de solitude.

Le harcèlement

Patrick se sent harcelé par ses voisins sans pouvoir désigner précisément leurs identités et leurs motivations.

« Je sais que ce sont des voisins, mais qui exactement, non. »

« Ils hurlent, ils m’insultent. Y’a une participation collective mais après… entre les mômes qui ont quinze ans, seize ans, qui sont un peu dans l’esprit cour de récréation, puis certains adultes qui instrumentalisent et se servent de… C’est compliqué. Je peux pas porter d’accusation. En justice, ça ne tiendrait pas. »


Patrick se sent épié et espionné. Il pense que ses voisins utilisent des techniques élaborées pour avoir accès à son intimité.

« Ça fait 2 mois qu’ils ont mis ça en place. C’est le même système, c’est de la radio-fréquence, des petits appareils qui se vendent sur Internet. Ils sont assez bon mécaniciens et débrouillards. Ils sont habiles. »

« Tout s’écoute chez moi, je suis très… je ne reçois jamais personne parce qu’ils ont… je me sens épié. C’est leur méthode. »


La médiation qui a été menée pour tenter de ramener le calme dans sa vie est jugée sévèrement par Patrick.

« Donc j’ai des problèmes, mais Ils ont fait un rapport, ils ont mis du temps. Heu je les ai trouvé un petit peu… je veux dire, c’est le problème… À l’époque, les jeunes ont dit : Oui ben on s’emmerde alors on asticote un peu le gros con, le pédé. À l’époque, j’étais leur pédé. »


Après cet échec, Patrick semble n’avoir aucun autre recours.

« J’ai dû prendre des produits pour dormir. Je vis chez moi avec des casques de chantier pour ne pas entendre tout le reste. »

« Moi, ils me disent pas bonjour. Ils me disent : T’es mort. »

Patrick se sent persécuté. Il a l’impression de subir sa vie.

« J’ai l’impression d’être un cobaye de laboratoire expérimental en HLM, qui est un territoire que certains essaient de contrôler d’une certaine manière. »


L’étouffement, l’enfermement et la peur font partie de son quotidien.

« Je sais que je ne pourrais pas tenir plusieurs mois au rythme qu’ils ont mis en place, je suis au stade final. Je rentre chez moi, j’étouffe quoi. Cinq minutes plus tard, ils démarrent. »

« Moi je suis dans la survie, mais c’est un peu comme si j’étais en zonzon, c’est-à-dire ils me font vivre en zonzon. »

Aux insultes quotidiennes, se rajoutent des situations de discrimination.

« Quand je suis allé aux pompes funèbres, il y a quelques années, pour leur demander un devis (…), ils m’ont dit : pour vous, compte tenu de votre poids, ça sera 20 % de plus pour le cercueil. J’ai le devis. Ça m’a fait rire, c’est vrai que c’est douloureux. »

Le témoignage audio de Patrick



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