Mobilisation autour des personnes en situation d’errance

Demandée par tous les partenaires, associations, travailleurs sociaux, cette table-ronde sur l’hébergement d’urgence qui a eu lieu le 16 décembre 2014 en salle des séance de l’Hôtel du Département à Bobigny, fut l’occasion d’un diagnostic partagé sur la situation particulièrement dramatique des personnes en errance.

Marco (21 ans) et Tina (20 ans) (*) habitent avec leurs deux enfants âgés de 9 mois et 2 ans, un logement de fortune, bâti de leurs propres mains, sous le RER à quelques mètres de l’autoroute, en territoire séquano-dionysien. À l’approche de l’hiver, cette famille sans la moindre ressource, a été aidée et prise en charge grâce à la générosité d’une riveraine et le dynamisme d’une association locale de solidarité et d’entraide. Appels au 115-93 pour trouver une chambre d’hôtel. L’angoisse au bout du fil… La fuite en avant pour quelques jours de répit. Et à nouveau recommencer les appels au 115. En quelques jours, leur périple les a conduits, tard dans la nuit, à Chilly-Mazarin (91), Méry-sur-Oise (95), porte de la Villette (75), Sarcelles (95) …

Des personnes en errance comme eux, il en existe des milliers sur notre territoire. La table-ronde organisée à l’invitation du Conseil général de la Seine-Saint-Denis à laquelle participaient le préfet délégué pour l’égalité des chances, des organismes d’Etat, des services départementaux et des représentants d’associations, a permis à chacun de s’exprimer, débattre de cette situation et faire émerger des propositions. « C’est un cri d’alerte pour signifier que cette situation ne peut plus durer, explique Chantal Méténier, cheffe du service social départemental. Nous avons mené de nombreux chantiers, investi dans l’accompagnement social de ces publics, créé une circonscription d’accueil des publics en errance.

Le problème aujourd’hui, tout le monde le reconnaît, est le manque criant de logements. Toute la chaîne de l’hébergement est complètement saturée. Cela a pour effet que les personnes ne trouvent comme seule solution, – via le Conseil général ou le 115 – qu’un hébergement en hôtel. Cette situation n’est pas du tout acceptable, humaine et respectueuse des personnes. » Le 26 novembre dernier, le 115-93 recevait 10 085 appels. Seuls 355 appels ont pu être décrochés, soit 49% des appelants. Ce jour-là, 6 384 personnes soit 2293 ménages ont pu être mises à l’abri à l’hôtel par le 115 de la Seine-Saint-Denis. Près de la moitié des ces personnes étaient des enfants dont 37% de moins de 3 ans. Il y a 11 ans, le 115 du 93 gérait 7 nuitées hôtelières par jour…

« L’égoïsme territorial doit reculer »
Philippe Martel, président d’Interlogement 93, ne peut se satisfaire de cette situation. « Nous ne pouvons continuer à croire que l’errance et la misère doivent être accueillies en hôtel et que nous ne puissions pas imaginer des solutions pérennes et durables. » Marie-Luce Pelletier, responsable de circonscription de service social à Romainville, souligne que les besoins et les difficultés ne peuvent être résolus par les seules ressources du territoire départemental. « Quel sera le devenir de ces enfants qui ne grandissent qu’en ne connaissant l’hôtel ou l’hébergement chez des tiers ? » Pour Stéphane Troussel, président du Conseil général, cette table-ronde constitue le début d’une mobilisation qui devra porter ses fruits. « Si la Seine-Saint-Denis assume et revendique son statut de terre d’accueil et de solidarité, elle ne peut rester seule. Seules 231 communes des 1244 communes franciliennes disposent d’une offre d’hébergement d’urgence. L’égoïsme territorial doit reculer. Nous proposons de faire de l’année 2016, une grande cause celle de l’hébergement d’urgence. » Autre piste de travail à défricher pour le président, l’institution d’une couverture logement universelle. À quelques jours des fêtes de fin d’année, Tina, son mari et leurs deux enfants auront-ils un toit à Noël ?

(*) Les prénoms ont été modifiés

Claude Bardavid

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