Mathilde Johansson, parcours de haute volée

A 31 ans, après 12 ans de carrière au plus haut niveau et 11 participations à Roland-Garros, Mathilde Johansson, licenciée au Montfermeil Tennis 93, a raccroché la raquette. Retour sur une trajectoire de championne.

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En dépit de la pluie, elle dit avoir particulièrement apprécié son dernier Roland-Garros. A 31 ans, Mathilde Johansson, ancienne numéro 59 mondiale - son meilleur classement - a disputé sa dernière quinzaine parisienne. Ses adieux à Roland se seront faits face à la Serbe Jorovic, une défaite au 2e tour des qualifications. Preuve qu’elle est attachée à sa terre rouge, la Franco-Suédoise, encore licenciée au Montfermeil tennis 93, son club de toujours, aura demandé un peu de rab dans le tableau de double avec sa partenaire Pauline Parmentier, avant de sortir face à la paire française Pauline Garcia/Kristina Mladenovic qui allait finalement remporter le tournoi.

A l’heure de jeter un oeil dans le rétroviseur, le regard de la jeune femme est dégagé, satisfait. Mais sans nostalgie. « Je suis bien sûr satisfaite de ma carrière, mais en même temps je ne suis pas mécontente que ce soit fini, avoue en soufflant la jeune femme. Le tennis professionnel, ce n’est pas forcément l’image que les gens en ont : ce n’est pas que strass et paillettes. C’est dur, c’est beaucoup de travail, beaucoup de sacrifices personnels pour peu de moments de joie au final. »

Ce n’est donc pas une madeleine que Mathilde Johansson trempe dans son thé, pris ce jour-là dans un bar du 16e arrondissement où elle nous a donné rendez-vous. Pas d’euphorie, même si les bons souvenirs sont là. Un troisième tour à Roland-Garros en 2012 - son meilleur résultat Porte d’Auteuil - face à l’Américaine Sloane Stephens et un match sur le Central Court à Wimbledon 2013 composent son top 2.

Côté grimaces, la jeune femme dit même donner sa langue au chat. « Certaines personnes vous diront que le Roland-Garros 2009, où j’ai 6 balles de match face à Diatchenko avant de perdre, m’a traumatisée, mais même pas. Je ne me suis jamais vraiment souvenue de mes matchs, c’est aussi ce qui a fait ma force. »

En revanche, la Franco-Suédoise a de la mémoire pour les gens croisés, les amitiés tissées, les soutiens accordés. Ainsi, même si elle habite désormais le très chic 16e, la jeune femme assure que le lien avec Montfermeil et la Seine-Saint-Denis n’est pas rompu, loin de là. « Je vais continuer à rester proche de mon club. Ils m’ont toujours soutenue, toujours suivie. A moi maintenant de rendre ce qu’on m’a donné. », assure-t-elle.
De la Seine-Saint-Denis en général, Mathilde Johansson dit n’avoir que des bons souvenirs, la Franco-Suédoise y voyant un élément la maintenant dans le réel. « C’est un peu ma base, ce qui me maintient les pieds sur terre. Ca a toujours été un moyen de me souvenir que la vraie vie était là, aux antipodes de la bulle du tennis. »

Dans cet équilibre, la Suède constitue l’autre élément fondamental de l’ex-joueuse de tennis. « C’est mon havre de paix, là où je me ressource et récupère du tourbillon de la vie de tous les jours » explique avec un grand sourire la native de Göteborg. Arrivée à l’âge de 4 mois en France, celle qui parle couramment la langue de Zlatan et de Stefan Edberg a toujours cultivé un fort lien avec le pays de son père. Elle a d’ailleurs acheté récemment une maison de vacances à mi-chemin entre Stockholm et Göteborg. Sans doute une porte dérobée vers l’enfance, l’insouciance et les longues après-midis d’été passées à jouer avec sa sœur, sous le regard tendre mais parfois exigeant d’un père artiste peintre et d’une mère institutrice. « Je me souviens, on accompagnait notamment nos parents sur leurs parties de tennis loisirs. C’était près d’un lac, un endroit paradisiaque. Et quand on commençait à s’ennuyer, on creusait la terre battue sous nos pieds. Ca faisait plein de couleurs », évoque-t-elle.

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Par contraste, la vie française de la jeune femme parait beaucoup plus normée. Débarquée tout bébé en France dans la coquette banlieue de Vaires-sur-Marne, la jeune Mathilde ne tarde pas à basculer dans le monde de la petite balle jaune. Au départ, un peu à son corps défendant. « A sept ans, je voulais faire de la danse. Mais j’ai tenu deux semaines au cours de danse, avec une prof qui n’était franchement pas dynamique. » Et puis un concours de circonstances l’oriente vers les courts. « Un jour, je devais participer à un centre aéré où il y avait aussi du tennis. Le car qui devait amener les autres enfants est tombé en panne et j’ai eu le prof pour moi toute seule. Après quelques balles, il m’a dit que j’avais du potentiel et m’a trouvé une place en club » S’en suit une formation à haute dose, d’abord pendant 5 ans sur les courts de Montfermeil puis à Roland-Garros, la Franco-Suédoise ayant entre temps crevé l’écran.

Dans ce parcours fait de perfectionnisme et d’excellence, Mathilde Johansson aura d’abord dû serrer les dents avant de s’épanouir franchement. « Ma carrière se compose de deux temps. Au début, je suis plus rentrée dans le tennis pour mes parents que pour moi. Ce que je leur dis aujourd’hui, c’est que si c’était à refaire, je ne le referais pas. Plus tard, quand j’ai vraiment décidé que c’est moi qui voulais le faire, j’en ai profité », confie-t-elle sans détours.

Et maintenant ? Craint-elle comme beaucoup de sportifs cette petite mort que constitue la fin de carrière, avant une reconversion qui n’est jamais facile ? Pas plus que ça. « J’aimerais bien faire profiter les autres de mon expérience dans le tennis. Mais je ne sais pas encore quelle forme ça peut prendre. En tout cas, je ne me sens pas du tout une âme d’entraîneur et je ne pense pas me tromper », dit celle qui commente depuis plusieurs années certains tournois du Grand Chelem pour Eurosport.

En tout cas, après ce tunnel de 12 ans de carrière, la sociétaire de Montfermeil a d’abord prévu de respirer un peu. Elle n’officiera donc pas comme consultante ès tennis sur le petit écran cet été, préférant aux clameurs des stades la douce brise de son jardin secret suédois. Et si, pour le plaisir, elle remet le pied sur la terre battue, peut-être y creusera-t-elle un trou pour trouver de nouvelles couleurs.

Christophe Lehousse

Mathilde Johansson en 5 dates

1985- Naissance à Göteborg
2000- Arrivée au Montfermeil Tennis 93
2005- Premier Roland-Garros
2012- Troisième tour de Roland Garros, meilleure perf Porte d’Auteuil
2015- Dernier titre tournoi ITF à Nantes

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