Locatema à Saint-Denis : Un morceau de cinéma chez vous

Contrainte de déménager, l’entreprise historique Locatema, société de location d’objets pour le cinéma, basée à Saint-Denis depuis 2004, s’est séparée mardi et mercredi d’une partie de son mobilier dans une vente aux enchères qui a attiré de nombreux clients.

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Dans les grands locaux de 3000m2 de la rue du Landy, la voix du commissaire priseur égrène avec lenteur les noms des 1050 objets qui, ces mardi 15 et mercredi 16 avril 20104, partent à la vente. Il y a là une paire de fauteuils Dagobert en bois naturel, plusieurs bustes en marbre d’empereurs romains ou encore un beau secrétaire au placage acajou. Point commun entre ces pièces : elles sont toutes, à leur manière, des vedettes de cinéma puisqu’elles apparaissent dans des films ou des productions pour la télévision.

Proche des 70 ans d’existence, la société Locatema, spécialisée dans la location d’objets pour le cinéma, se sépare d’une partie de ses biens. Locataire d’un vaste entrepôt à Saint-Denis depuis 2004, elle est en effet contrainte de quitter la zone qui fait l’objet d’un réaménagement urbain. Un déménagement se profile donc à l’horizon, certainement avant la fin 2014.

« Cette situation immobilière et aussi la crise du cinéma nous obligent à trouver d’autres locaux, plus petits et moins coûteux. Mais nous aimerions beaucoup rester en Seine-Saint-Denis pour être à proximité du pôle cinématographique de ce département, composé des studios de la Plaine Saint-Denis et la Cité du cinéma », explique la directrice de Locatema, Dominique Crouzier. Les biens dont la société va se séparer sont en tout cas évalués entre 200 et 300 000 euros.

Cette phase de transition dans l’histoire de la société donne en tout cas l’occasion à de nombreux passionnés du cinéma ou de beaux objets d’acquérir l’oiseau rare. Hormis quelques exceptions comme les lits de La Zizanie, de Claude Zidi ou une enfilade Soleil aux ancres de marine apparaissant dans le récent biopic sur Yves Saint-Laurent, le film dans lequel les objets vendus apparaissent n’est pas toujours pas précisé. Mais cela n’empêche pas la magie du cinéma d’opérer.

Deborah, par exemple, attend patiemment son heure pour tenter d’emporter une armoire de mariage sur laquelle elle a jeté son dévolu. « J’aime beaucoup les films d’époque, comme Amadeus, de Milos Forman, ou Elizabeth. Et cette vente aux enchères me donne l’occasion d’acheter à un prix abordable un meuble qui est peut-être apparu dans un de ces films », explique cette Sud-Africaine qui vit en France depuis longtemps. Au final, la jeune femme repartira tout sourire avec son armoire de mariage, acquise pour 280 euros.

Horloger du Roi

Jean-Pierre, lui, n’est pas venu chercher le rêve du cinéma, mais le vertige de l’histoire. « Je suis ici pour tenter d’acheter une pendule fabriquée par l’un de mes ancêtres. Il était horloger du Roi à l’époque de Louis XV et Louis XVI et quand j’ai jeté un œil au catalogue d’exposition, je suis tombé sur son nom. »

A côté de ces particuliers passionnés, on compte également des professionnels, venus dénicher la bonne affaire. Stéphane, antiquaire en province, est par exemple satisfait de son butin du jour : une commode en placage acquise 450 euros et une petite vitrine dégottée à 250 euros. « Les prix de départ sont bien, mais ensuite, ça monte vite », constate-t-il.

Le lit d’Alexandre le Bienheureux

Enfin, la grande famille du cinéma s’est aussi donné rendez-vous, par soutien à Locatema et par tendresse envers des objets avec lesquels certains ont travaillé depuis des années. Thomas, « ripper » dans la décoration pour le cinéma, profession qui consiste à transporter les meubles sur les lieux de tournage, a ainsi travaillé avec Locatema « des milliers de fois ».
Un objet pour lequel il pourrait avoir un coup de cœur ? « Le lit d’Alexandre le Bienheureux dans lequel Noiret déclare la guerre au travail. J’adore ce film et l’idée de cet objet, mais on aurait de toute façon pas la place chez nous », remarque-t-il en souriant.
Laurence, ancienne décoratrice pour le cinéma, n’espère qu’une seule chose : que cette vente permette à Locatema de repartir du bon pied. « Il faut lutter pour que des entreprises comme Locatema restent en vie, ce sont elles qui font vivre le cinéma français », lance-t-elle.

Locatema, un petit bout d’histoire du cinéma français

Fondée par deux sœurs - les sœurs Volper et Weinberg - au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, Locatema est une institution dans le domaine de la location d’objets pour le cinéma. « Aujourd’hui encore, Mme Weinberg fait d’ailleurs toujours partie du conseil d’administration de la société », rappelle Dominique Crouzier, l’actuelle directrice.
Spécialisée au départ dans le prêt de tissus et de draperies, à une époque où de nombreux films se tournaient en studios, elle a ensuite élargi son activité à la location de mobiliers et d’accessoires en tout genre. En 1968, l’entreprise, qui troque son nom initial d’Etoffilm pour Locatema, s’installe au 74, rue du Faubourg Saint-Antoine, un quartier où s’est regroupée toute la famille des loueurs du cinéma.
Trente ans plus tard, c’est la grande migration vers la Seine-Saint-Denis, qui offre à la fois de grandes superficies et l’avantage de la proximité avec les studios de la Plaine Saint-Denis et la future Cité du cinéma de Luc Besson.
Jeter un œil au catalogue de Locatema, c’est donc plonger dans l’histoire du cinéma français : des canapés et bureaux du Corniaud aux fauteuils de Warren Platner visibles dans Guillaume et les garçons à table et jusqu’à du mobilier de salon pour Grace de Monaco, qui sera projeté au prochain festival de Cannes.

Christophe Lehousse

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