Les habitants de Seine-Saint-Denis se recueillent au pied du Stade de France

Jeudi 19 novembre 2015, six jours après les attentats terroristes du vendredi 13 qui ont fait 130 victimes à Paris et à Saint-Denis, une foule d’habitants et élus s’est rassemblée aux abords du Stade de France, lieu des premières attaques, pour rendre hommage aux victimes et dire non à la barbarie.

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« Je ne vois pas comment j’aurais pu ne pas être là ». Une rose blanche à la main, Claudine a les yeux embués. Cette habitante de La Courneuve tenait à être présente, jeudi, au pied du Stade de France pour honorer la mémoire des 130 victimes causées par des attentats qui ont aussi frappé la Seine-Saint-Denis. Avec elle, dans le froid qui commence à se faire sentir, quelque 3000 autres personnes, habitants et élus, se sont rassemblés pour rendre aux morts de vendredi un hommage digne et émouvant.

« Des actes aussi barbares, ce n’est possible que quand les gens ne se parlent plus, que chacun reste chez soi », continue Claudine, désemparée. « Alors certes, on a beau mettre l’armée dans la rue, rétablir le couvre-feu même si vous voulez, tout ça ne renforcera pas le vivre-ensemble. Et c’est là-dessus à mon avis qu’il faut travailler. », insiste cette employée de la mairie de Stains avant d’aller déposer sa rose blanche comme tant d’autres devant les grilles du Stade de France.

Au-dessus des fleurs qui commencent à s’entasser, on peut lire sur une banderole : « La meilleure réponse à la barbarie, c’est de faire face ensemble ». C’était d’ailleurs aussi hier le message du maire de Saint-Denis, Didier Paillard, accompagné de nombreux élus parmi lesquels la maire de Paris Anne Hidalgo ou Stéphane Troussel, président du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis.

Alors que sa ville se remet tout juste de sa frayeur de mercredi, jour où les forces de l’ordre sont allées déloger dans un appartement du centre-ville l’organisateur présumé des attentats, Didier Paillard a insisté sur la nécessité de « se réunir autour des valeurs démocratiques ». « Il nous appartient de refuser la haine, de rejeter le racisme et le fanatisme, de consolider une société fraternelle et solidaire », a expliqué l’édile sans oublier de rendre hommage à la mémoire de Manuel Colaço Dias, chauffeur de 63 ans fauché vendredi au Stade de France par l’explosion d’une des bombes des trois kamikazes.

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Jeudi, après la minute de silence, c’était aussi un moment pour se parler, exprimer ses attentes, faire part de ses craintes. Djema, habitante de Saint-Denis, disait par exemple sa peur de voir repartir de plus belle les amalgames entre musulmans et islamistes. « Il y a malheureusement une quantité d’imbéciles qui ne vont pas savoir faire la différence. Et évidemment, pour s’il était besoin de le repréciser, le Coran dit tout sauf ça. C’est une religion de paix ».

Fabrice, professeur d’anglais venu avec sa femme Dorothée et sa fille Hortense, redoutait lui qu’après la journée de mercredi, sa ville puisse être stigmatisée comme un repaire de terroristes, même s’il disait faire confiance à l’intelligence des Français. « Évidemment, le risque existe que Saint-Denis soit montrée du doigt. Mais je crois aussi que les Français comprendront que le terrorisme peut frapper n’importe où et qu’il peut être abrité n’importe où. »

De ce point de vue, Mathieu Hanotin, député de Seine-Saint-Denis, appelait justement à « éviter les amalgames et les raccourcis que certains se sont déjà empressés de faire. » « Nous n’avons pas affaire à une filière terroriste de Saint-Denis, mais à une filière du djihadisme international qui a frappé partout : dans un avion russe du Sinai, au Nigeria et donc aussi ici en France. Évidemment, je ne dis pas qu’il n’y a aucun problème à Saint-Denis, mais il faut être dans la lucidité : nous avons affaire à une mouvance globale, animée d’une volonté d’embrigader massivement. »

De la même manière, le président du Département Stéphane Troussel s’insurgeait vendredi matin sur le plateau de « L’Opinion » contre toute tentative de stigmatisation de la Seine-Saint-Denis. « Nous sommes un territoire qui a effectivement des difficultés économiques et sociales et certains jeunes peuvent être l’objet d’une manipulation des esprits par une idéologie pseudo-religieuse, mais il ne faut pas oublier que la population de Seine-Saint-Denis est tout autant victime du terrorisme que les autres. »

Beaucoup de personnes s’interrogeaient aussi sur l’après, une fois passé l’état d’urgence. « Sur le long terme, je pense qu’il faut faire porter l’accent sur l’éducation, affirmait sans hésitation Amrita Sawmy, étudiante en marketing. Si on ne sensibilise pas les enfants dès leur plus jeune âge, on a vu ce que ça peut donner : des jeunes qui partent faire le djihad en Syrie alors qu’ils sont Français et que rien ne devrait les amener à adopter ces positions. »

Angèle, 30 ans, venue en poussant la poussette de sa fille de 8 mois, croyait identifier un autre chantier : « Je pense qu’il faut proposer à certains jeunes qui se sont rendus coupables de délits des alternatives à la prison. La prison, c’est l’école du crime. A mon avis, une partie des foyers de radicalisation est située là, avec des jeunes un peu paumés qui y font de mauvaises rencontres », expliquait-elle.

Au fil de toutes ces discussions, les grilles du Stade de France s’étaient couvertes de roses et la bruine commençait à tomber.

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Christophe Lehousse

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