Le Département de la Seine-Saint-Denis soutient les intermittents

Alors que le régime des intermittents du spectacle pourrait une fois de plus se durcir, le président du Conseil général de la Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, a écrit au ministre du Travail pour défendre des artistes et des techniciens qui sont un rouage essentiel dans le dynamisme culturel du territoire.

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Onze ans après la crise de 2003 et l’annulation des principaux festivals de l’été, le régime des intermittents du spectacle est à nouveau sur la sellette. Si les partenaires sociaux ont finalement choisi de préserver le régime spécifique d’allocation-chômage pour les intermittents, l’accord qu’ils ont signé le 22 mars vient une nouvelle fois durcir les conditions pour les artistes qui cotisent à ce régime.

Allongement du délai de versement des indemnités, hausse des cotisations sociales : les nouvelles mesures contenues dans cette réforme frappent en effet de plein fouet des professions déjà précaires. Et résonnent comme un bis repetita de la réforme de 2003 qui avait obligé les intermittents à effectuer leurs 507 heures de travail sur 10 mois et demi plutôt que 12 pour avoir droit à leurs allocations.

C’est la raison pour laquelle Stéphane Troussel, le président du Conseil général de la Seine-Saint-Denis a récemment demandé dans une lettre au ministre du Travail François Rebsamen de ne pas donner son feu vert à cette réforme en cours. La convention, signée par les partenaires sociaux, doit en effet encore être agréée par le gouvernement.
« Le texte en l’état va notamment renforcer la précarité des intermittent-e-s aux plus faibles revenus et les difficultés des entreprises culturelles. (…) Je vous prie donc de ne pas agréer la convention qui sera prochainement adressée au gouvernement, et de reprendre le dialogue avec les employeurs et salariés du secteur culturel », écrit ainsi Stéphane Troussel au ministre du Travail.

En Seine-Saint-Denis comme dans beaucoup d’autres territoires, les intermittents du spectacle sont en effet un maillon crucial de la production et de l’offre culturelle proposée au public. Rares sont en effet les festivals, les compagnies de théâtre qui n’aient pas recours au travail des intermittents. Or, dans un contexte économique déjà peu évident, les nouvelles conditions leur porteraient sans doute un coup fatal.

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Eric Stévenot, technicien décorateur dans la création de dessins animés et habitant de Rosny-sous-Bois, peut en témoigner. En 20 ans de régime d’intermittent, il a vu la situation se tendre au fil des ans. « Nous sommes obligés de faire le même travail avec moins de gens. Et comme la durée de nos contrats a également baissé, c’est plus difficile d’atteindre les fameuses 507 heures. Avant, une production suffisait. Maintenant, il m’en faut au moins deux par an ».
Pour ce technicien, la dimension inacceptable de la réforme en cours consiste notamment dans les délais d’indemnisation. « Ces délais pourraient aller jusqu’à un mois. Or, sachant que la durée des contrats a baissé et qu’ils ne sont plus que de 2 à 3 mois, cela veut dire qu’avec cette réforme, je me retrouverai 3 fois par an sans rétribution. C’est un gros problème ».

 
Le Département de la Seine-Saint-Denis s’associe donc à travers le président du Conseil général à ces voix qui rejettent l’accord en l’état. Pour Stéphane Troussel, c’est même un choix de société qui est en jeu : « la gauche ne peut pas accepter de mettre en danger l’un des plus puissants vecteurs d’éducation, d’émancipation humaine et de transformation sociale. Elle doit être aux côtés de ceux qui, en créant, contribuent à construire l’avenir de notre pays. »
 
La mobilisation des intermittents, soutenus donc par certaines collectivités territoriales, semble avoir porté ses premiers fruits avec la nomination par le gouvernement, samedi 8 juin, d’un médiateur en la personne de Jean-Patrick Gille. Ce député socialiste d’Indre-et-Loire, rapporteur en 2013 de la mission parlementaire sur les conditions d’emploi dans les métiers artistiques, devra remettre ses propositions « sous quinze jours » selon Matignon. Et Stéphane Troussel d’insister : « Il faut maintenant espérer que cette démarche aboutisse à un accord favorable aux intermittents. »

Christophe Lehousse

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