Le Baobab prend racine à Montreuil

Mardi 19 janvier 2016, l’immeuble d’habitation « Comme un baobab » a été inauguré à Montreuil. L’aboutissement d’un projet original, qui a vu 40 habitants concevoir leur logement durant quatre ans aux côtés d’un promoteur. Visite guidée.

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« Venez, soyez les bienvenus. » Fanny, Hugo et leur petite fille de 22 mois Teano ne semblent pas particulièrement troublés à l’idée de faire entrer des inconnus dans leur appartement. « Vous savez, ici, on entre, on sort, on est tellement habitués à aller demander un truc aux voisins ou à ce qu’eux viennent chez nous... »

Perchés au deuxième étage de leur « baobab » - le nom de l’immeuble inauguré dans la joie et la bonne humeur mardi au 44, rue Hoche à Montreuil - on découvre bien l’ensemble de la structure : de larges coursives pour favoriser la communication entre les occupants, un espace engazonné au rez-de-chaussée et des fenêtres dont les bords colorés donnent un aspect pimpant à l’édifice.
Juste au-dessus, au 3e étage, un bac offre aux habitants la possibilité de faire du lombricompost et un système de récupération des eaux de pluie témoigne aussi des exigences environnementales des occupants.

Autant de caractéristiques qui ont directement été suggérées à CPA-CPS - le promoteur - et M’CUB architectes, par les habitants eux-mêmes. Car c’est bien ça l’esprit de l’habitat participatif : imaginer et concevoir, aidé d’un promoteur doué des connaissances nécessaires en matière de sécurité, d’urbanisme et de construction, son propre logement.

« Dans l’habitat participatif, les habitants ne choisissent pas que la couleur des murs, ils interviennent aussi sur du structurel. Mais tout ça se fait dans un dialogue permanent avec le promoteur et l’architecte, explique ainsi Xavier Point, fondateur de CPA-CPS (Construire pour les autres comme pour soi-même). « On argumente, on débat, on remet sur le métier. C’est ce va-et-vient qui fait qu’à l’arrivée on a quelque chose de différent de l’habitat classique. », poursuit ce plasticien de formation qui s’est découvert une deuxième vocation en 2008, quand il s’est lancé lui-même dans l’auto-promotion de « Diwan », un autre exemple d’habitat participatif à Montreuil.

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« Comme un baobab », c’est donc une copropriété épanouie entre 13 occupants différents, mais ce furent aussi une cinquantaine de réunions à débattre précisément de la forme, de la construction et des envies des habitants tout au long des 4 ans du projet (2 ans de consultation, 2 ans de chantier).
« On se voyait environ une fois tous les mois. En général, on essayait de ne pas voter parce que l’unanimité, ce n’est pas évident. On prenait plutôt les décisions au consensus », se souvient Capucine Larzillière, enseignante en histoire-géo dans un lycée de Montreuil et habitante comblée des lieux. « Ce qui est agréable dans ce processus, c’est qu’on emménage avec des gens qu’on connaît déjà. C’est l’inverse de l’anonymat des grandes villes », renchérit Marion, kinésithérapeute.
Fidèle à son concept des assemblées générales, la petite équipe usera de la même méthode démocratique pour définir l’usage du local commun qu’ils avaient commandé à CPA-CPS et où se tient ce mardi soir l’inauguration officielle, entre thé à la menthe, soupe chaude et fanfare. « Certains pensent à un espace de co-working, d’autres à une AMAP, d’autres encore à un espace pour les enfants. On a vraiment hâte d’avancer, de nous approprier cet endroit et de le faire vivre », témoigne Fanny Gallot, elle aussi enseignante en fac.
Et qu’on ne croie pas que l’habitat groupé est plus cher. Construits sur un terrain vendu au départ par la ville de Montreuil pour un projet d’habitat groupé, les 13 logements- du studio au 100m2- ont été commercialisés autour de 3700 euros le mètre carré (3600 euros hors TVA et parties communes).

Dans ce baobab qui tisse déjà ses ramifications, deux habitations sont aussi dédiées à du logement social, ce qui était dès le départ un souhait des habitants. Propriété du bailleur social « Habitat et humanisme », ces deux appartements accueillent pour l’un une famille de 4 membres et pour l’autre une colocation intergénérationnelle, composée d’une personne âgée et d’un salarié en insertion. « Nous sommes un bailleur social qui recherche plutôt les projets de taille humaine. Notre objectif n’est pas de construire mais surtout de favoriser la création de liens de nos locataires avec le reste des habitants », argumente ainsi Bernard Usquin, président d’Habitat et Humanisme, une structure née il y a 30 ans à Lyon et qui compte un millier de logements en Ile-de-France.

Il est vingt heures passées, les discours d’inauguration ont retenti depuis un bon moment maintenant, mais l’espace commun au rez-de-chaussée ne désemplit pas. La fanfare « Tarace Boulba » joue encore, on devise, on palabre, on invente demain. On dirait bien que ce baobab a pris racine.

Christophe Lehousse

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L’habitat participatif, un concept dans l’air du temps

Proche des envies des habitants, l’habitat participatif séduit de plus en plus, et le nombre de projets dans le département connaît une belle évolution. Depuis 2010, la ville de Montreuil rénove des quartiers avec ce concept, dont DIWAN. Un habitat groupé avec 8 logements dont 3 maisons de ville, 1 local d’activité et 1 jardin collectif place de la Fraternité. Une trentaine de personnes habitent actuellement dans cette construction faite de bois où les habitants ont la totale gestion de la copropriété. Autre exemple à Montreuil, né en 1986 : Couleur d’Orange. Les occupants ont piloté les travaux des 14 foyers, mais également des espaces communs, avec bien sûr, l’aide de l’architecte. Pour pouvoir vivre ensemble de façon harmonieuse, les décisions ont été prises et votées au maximum à l’unanimité lors de grandes réunions.
Pantin a également son habitat participatif avec Melrose Sheds qui a vu le jour en 2014, rue Florian, sous l’impulsion de jeunes architectes. Toujours dans l’esprit du vivre ensemble, les logements s’articulent autour d’un lieu commun : la cour principale.
Autre exemple d’habitat participatif : dans le quartier Cristino Garcia de Saint-Denis, 12 logements sociaux ont été créés en 2010. A Saint-Denis toujours, pour 2018, la ville a la volonté de construire 8 à 10 logements dans le secteur Brise-Echalas. Le projet est encore à définir par les habitants même s’il est d’ores-et-déjà prévu qu’il y ait un local commercial ou associatif en rez-de-chaussée.

Maëliss Orboin

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