La politique de santé du Département mise en péril

L’annonce de l’arrêt d’une dotation d’Etat d’1,5 million d’euros plonge les actions de santé du Conseil général dans une situation critique. Un état de fait dénoncé par le président du Conseil général Stéphane Troussel, en visite mardi 26 août 2014 dans un centre de Médecins du Monde à Saint-Denis qui travaille en collaboration avec une unité de dépistage du Département.

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Comme tous les mardis matin, le camion de l’unité mobile de prévention de la tuberculose du Conseil général vient se garer devant le centre de Médecins du monde de la rue des Blés à Saint-Denis. A son bord, un médecin et un infirmier, ainsi qu’un bloc de radiologie pour dépister rapidement les cas de tuberculose. L’intérêt de ce dispositif : cibler des populations vulnérables - personnes sans couverture maladie, migrants, sans-papiers - dont l’accès aux soins est souvent compliqué.

Depuis 2010, Médecins du monde travaille ainsi en partenariat avec les unités mobiles du Département pour dépister la tuberculose mais aussi les infections sexuellement transmissibles (IST). Et cette association porte ses fruits : en 4 ans d’existence, une quarantaine de cas de tuberculose ont ainsi pu être diagnostiqués et quelque 4000 dépistages organisés. Si l’on ajoute les actions entreprises en foyers de travailleurs ou dans les écoles, on parle même de 6 à 7000 dépistages par an. Une action de première importance dans un département où la tuberculose possède malheureusement le plus fort taux de prévalence en France (27 cas pour 100 000 habitants en 2013 contre 18 cas en Ile-de-France).

« La collaboration avec les services du Département est un grand plus pour nous », témoigne Nathalie Godard, coordinatrice générale du Centre d’accueil de soins et d’orientation (CASO) de Médecins du Monde. « L’apport de ces unités mobiles est multiple. D’abord, le camion est clairement identifié par des populations fragilisées qui, si elles obtenaient un second rendez-vous ailleurs et un autre jour, n’iraient sans doute pas. L’intérêt est aussi d’avoir une approche globale, qui associe un dépistage de la tuberculose et un dépistage des IST. Enfin, l’action du Conseil général offre la possibilité de proposer à l’entourage des personnes contaminées d’être dépistées à leur tour, ce qui est important dans une maladie contagieuse comme la tuberculose ».

Seulement voilà : ce savoir-faire du département est fortement mis en péril par la non-reconduction d’une dotation d’Etat. En début d’année, la Caisse primaire d’Assurance Maladie (CPAM) a en effet annoncé au Conseil général qu’elle suspendait les 1,5 million d’euros d’aide au Département pour ces actions de santé. « Cette somme, dans un territoire comme le nôtre, jeune, populaire, mais aussi soumis à des situations sociales compliquées, est indispensable. Surtout que depuis 2005 et les lois de recentralisation, ces actions sont repassées dans le giron de l’Etat », ponctue Stéphane Troussel, président du Conseil général de la Seine-Saint-Denis.

Fort de 30 ans d’engagement dans les domaines de la santé, le Conseil général a fait en 2005 le choix de garder ces missions, une décision qui se voit remise en cause par l’arrêt de cette subvention. « En mai dernier déjà, j’ai alerté la ministre de la Santé Marisol Touraine pour lui dire que cette situation était inacceptable, mais depuis c’est silence radio », explique Stéphane Troussel, qui a donc visité mardi matin le CASO pour « prendre la mesure de ce qui est menacé ».

Un vrai savoir-faire

Dans ce bras de fer engagé avec l’Etat, le président du Conseil général, qui doit rencontrer le 3 septembre le nouveau délégué territorial de l’Agence régionale de Santé (ARS) entend rester ferme. « Je veux mettre chacun devant ses responsabilités. Notre souhait est de continuer à prodiguer ces soins, parce que nous avons acquis un vrai savoir-faire. Mais il est clair que la Seine-Saint-Denis n’assumera pas des compétences qui reviennent à l’Etat sans l’aide de ce dernier ».

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Ce qui pourrait donc se traduire par une fermeture des 7 centres départementaux de santé dès janvier 2015, ainsi que par un arrêt de quatre actions de santé, en tout cas sur les deniers du Département : dépistage de la tuberculose et des IST, mais aussi du cancer du sein/colon et vaccination.

« Cela nous plongerait dans une situation extrêmement préoccupante », insiste Jeanine Rochefort, déléguée régionale et médecin bénévole de Médecins du Monde. « L’Agence Régionale de Santé prendrait évidement le relais, mais il manquerait cette connaissance de terrain et ce lien de confiance qu’ont tissé les équipes du Conseil général », explique cette spécialiste.

Et de s’inquiéter également pour la pérennité du travail réalisé par le Département dans les écoles, où ont lieu des sessions de vaccination, ou dans les bidonvilles. « Là, une unité mobile comme celle que vous avez vue aujourd’hui prend encore plus son sens. Nous avions d’ailleurs déjà mis sur pied une action en 2014 en partenariat avec les équipes du département et souhaiterions en conduire d’autres » , appelle de ses voeux Livia Otal, coordinatrice technique de la "mission Bidonvilles". Autant de services qui pourraient s’écrire en pointillés si l’Etat restait sur la même ligne.

Christophe Lehousse

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