La parole est à la jeunesse

Du 26 au 28 novembre, Villepinte a accueilli la COY, la Conférence de la Jeunesse, sorte de mini-COP21 devant relayer les aspirations de la jeunesse en matière de lutte contre le changement climatique. Un événement aux allures de grand melting-pot, entre assemblée générale et forum social.

Des prises de parole enflammées, des visites inspirantes, des moments de détente et de partage… La COY, grande conférence climatique de la jeunesse qui a pour habitude de se tenir juste avant la COP depuis 11 ans maintenant, nous aura offert tout cela cette année. Durant trois jours, le Parc des Expositions de Villepinte aura retenti des éclats de voix de quelque 5000 jeunes venus du monde entier, avec la ferme intention de communiquer leurs revendications aux « grands » de la COP21.
Mamadou Saliou Diaoumé est par exemple venu spécialement de Guinée-Conakry pour échanger avec ses alter ego de toute la planète et aussi faire entendre la voix de la jeunesse africaine.

« La Guinée et toute l’Afrique attendant beaucoup de cette COP21. Le réchauffement climatique n’est pas à venir, nous sommes déjà en plein dedans. Chez nous, la forêt équatoriale souffre énormément du fait de l’agriculture intensive », explique ce jeune homme, président de l’association « Protection et gestion de l’environnement » en Guinée-Conakry. Ses revendications pour la COP21 : « Il faut aboutir à un accord qui soit contraignant et juste à la fois. Car il ne serait pas équitable de limiter la croissance de pays en développement comme la Guinée en raison d’une pollution que d’autres ont causée. Je pense qu’il faudrait notamment plus de subventions de la part des pays riches pour appuyer économiquement les pays en développement. »

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A ses côtés se tient Djalo Kadiatou, une jeune habitante d’Aubervilliers, membre de l’association Action Papillon. Les deux structures ont tissé un partenariat après s’être rencontrées lors d’un forum social au Maroc et avoir constaté la convergence de leurs intérêts. Car, comme le constate Djalo Kadiatou, lutter contre le changement climatique concerne aujourd’hui tout le monde, pays développés comme pays en développement. En Seine-Saint-Denis, territoire qui accueille aussi bien la COY que la COP21, la jeune femme admet toutefois que mobiliser massivement la population autour des thématiques du développement durable reste encore difficile. « Ce n’est pas forcément simple, non. Dans une ville comme Aubervilliers, certaines personnes ont souvent d’autre chose en tête, comme le fait de boucler tout simplement leurs fins de mois. Le but est justement de leur faire comprendre que l’environnement touche à plein d’autres sujets de société et de leur montrer qu’en consommant mieux, ils dépenseront peut-être aussi moins. »

Stéphane Troussel, le président du Département de la Seine-Saint-Denis, arrivé sur les lieux pour y saluer les participants, ne dit pas autre chose : « Il ne faudrait pas que les banlieues restent l’angle mort de ce débat sur l’environnement. Car ces enjeux-là concernent au premier chef les quartiers populaires qui sont parmi les plus vulnérables au réchauffement climatique. »

Circuits courts et économie circulaire

Premier tour d’horizon des différents stands. A gauche, près du stand de restauration, une banderole sur laquelle on peut lire : « Le productivisme, c’est hyper nul ». Un peu plus loin, un groupe de trois clowns amuse la galerie en proposant aux passants de se faire tirer le portrait avec un slogan écologique. Mais qu’on ne croie pas que la COY est le Climat Comedy Club. Sous l’esprit potache, il y a du boulot, du vrai.

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Les premiers workshops ou assemblées générales battent d’ailleurs déjà leur plein.
Alix Lerebours, 26 ans, sort tout juste d’un atelier qu’elle vient d’organiser avec d’autres jeunes du réseau Water Youth Network. Cette association constituée d’environ 60 bénévoles et de 1000 adhérents s’investit aux quatre coins de la planète dans des initiatives en rapport avec l’eau. Ce matin, le réseau vient ainsi de présenter un projet de forage de puits dans un village argentin auquel une ONG du réseau a participé. « Nous sommes ici pour sensibiliser les jeunes au lien fort qui existe entre eau et climat et pour montrer qu’il est possible de s’engager très concrètement. Pour lutter contre le changement climatique, je crois beaucoup à la force de l’exemple », explique cette consultante indépendante travaillant pour de nombreuses ONG en Afrique et en Asie.

Un passage par le stand restauration – une salade de pommes de terre assortie de cornichons doux qui ont parcouru très exactement 108 km pour venir jusqu’ici, comme le spécifie une affichette – et on est reparti. L’eau et l’océan, c’est aussi la partie d’Ophélie Postillon, juriste en droit européen. La jeune femme de 23 ans s’est engagée aux côtés de l’association « Surfrider Foundation », fondée dans les années 90 par le surfeur Tom Curren, fatigué de devoir pratiquer son sport au milieu des détritus. Interrogée sur ses attentes par rapport à la COP21, la jeune femme fait preuve d’optimisme mais aussi de lucidité. « On espère tous qu’il va y avoir un vrai engagement de la part des Etats sur un accord qui serait contraignant. Après, on sait aussi que l’économie dirige ce monde. Il faudrait donc surtout arriver à un prix du carbone suffisamment élevé pour pousser les grandes puissances, la Chine et les Etats-Unis en tête, à développer davantage les énergie renouvelables. Je pense que ça se jouera aussi beaucoup là-dessus et pas seulement sur l’éthique environnementale. »

D’autres participants de la COY, mus par la curiosité, ont choisi de saisir l’occasion pour visiter un bout du département-hôte de la manifestation. Grâce au Département de la Seine-Saint-Denis et au comité de tourisme, ils ont ainsi pu jeter un œil à deux initiatives innovantes en matière d’environnement : la Réserve des Arts et Lemon Tri. Ces deux structures, qui partagent les mêmes locaux à Pantin, sont chacune à leur manière des exemples probants de l’économie circulaire : la Réserve des Arts entend limiter les déchets en collectant des matériaux bruts et en les mettant à la disposition de professionnels de l’art, quand Lemon Tri incite au tri de forme ludique en installant des machines à recycler les bouteilles de plastique dans les supermarchés et les entreprises.

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Une plongée en Seine-Saint-Denis qui a plu à Gabriele Motta, jeune Italien de 23 ans. « J’ai personnellement beaucoup aimé l’idée de la Réserve des Arts que je trouve simple et par là-même bonne. La question des déchets est une vraie question dans toute l’Europe et je pense qu’il est bon d’être à l’affût de la moindre trouvaille pour rationaliser ce système », affirme cet étudiant en sciences politiques à l’université de Turin qui, après les trois jours de la COY, s’apprête à affronter le marathon de la COP21 en tant qu’observateur de la société civile. Après ça, on ne pourra pas dire que la jeunesse ne s’implique pas…

Christophe Lehousse

Le regard de trois jeunes engagés pour le climat

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Hafizou Boncana, président du réseau Aide-21 à Bamako, Mali.

« Au Mali, les conséquences du changement climatique sont déjà visibles. Nous avons une agriculture évidemment très dépendante de la pluie et celle-ci est maintenant soit en retard soit en avance. Nos terres sont dégradées par la sécheresse et dans certains zones, les arbres ont du mal à pousser. Tout cela m’a fait prendre conscience de l’urgence climatique et j’espère qu’il y aura un engagement de tous les Etats pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. »

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Gracia Paramitha, enseignante en développement durable à la London School of Public Relations de Djakarta, Indonésie.

« En Indonésie aussi, le réchauffement climatique nous affecte. Nous avons par exemple un problème de pollution très grave due aux feux de tourbières. Ces combustions, qui proviennent souvent d’incendies de forêt, renforcent malheureusement à leur tout l’effet de serre. J’espère vraiment que cette COP va parvenir à un accord contraignant sur les émissions de gaz à effet de serre. L’Indonésie en tout cas a déjà annoncé qu’elle baisserait de 26 % ses émissions d’’ici 2020. »

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Maximilien Koegler. Cet étudiant en 3e année d’Agro Paris Tech a présenté lors de la COY le périple de 4000 km au Canada et aux Etats-Unis qu’il a accompli à vélo avec Clément Gremillet, un camarade de promotion. L’idée : aller s’inspirer de projets innovants d’agriculture urbaine, présentée comme un recours contre le réchauffement climatique.

« L’agriculture urbaine a pour nous plusieurs mérites. D’abord, elle est un outil intéressant dans l’adaptation au changement climatique parce qu’elle permet la rétention d’eau et combat également les phénomènes d’îlots de chaleur urbaine. Ensuite, elle crée des circuits-courts, ce qui permet aussi de réduire les émissions de CO2. Enfin et surtout, relocaliser l’agriculture en ville permet de la relocaliser dans la tête des citoyens. Ceux-ci se recentrent ainsi bien mieux sur les questions du bien-manger et du bien-consommer. »

Propos recueillis par CL

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