La Seine-Saint-Denis conquise par la géothermie

Après avoir connu un premier forage précurseur à Tremblay il y a 30 ans, la Seine-Saint-Denis voit les exemples de géothermie se multiplier sur son territoire. Dernière inauguration en date : la nouvelle usine de géothermie de Villepinte, mise en service lundi 7 décembre, et qui figure sur les itinéraires de découverte organisés par le Département à l’occasion de la COP21.

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« Imaginez une plateforme de forage comme celles que l’on voit en Angola ou en Arabie Saoudite. Sauf qu’au lieu de pomper du pétrole, nous on pompe de l’eau chaude ! » Anaël Gendre, responsable du département exploitation chez Engie réseaux s’emploie à faire comprendre le fonctionnement de la géothermie à un groupe de visiteurs français et étrangers, venus découvrir la nouvelle unité de Villepinte en marge de la COP21.

Et c’est vrai qu’en matière de géothermie, il vaut mieux s’en remettre à son imagination qu’à ses yeux puisque tout ou presque se passe dans le sol. Depuis un important chantier de forage qui s’est déroulé de mars à juin 2015, un double puits, appelé un « doublet » dans le jargon, se trouve sous les pieds du visiteur de l’usine de géothermie, avenue Georges Clémenceau à Villepinte.

C’est là, à 1900 m de profondeur, que le groupe Engie, chargé d’une délégation de service public pour la ville de Villepinte, vient pomper l’eau chaude du Dogger, une couche géologique traversant tout le bassin parisien. Le fluide qui sort à cet endroit de la terre avec une température de 72 degrés va servir à délivrer eau chaude et chauffage à un réseau de chaleur de 5 200 habitations, logements ou bâtiments publics.

« Pour ça, on se sert de deux échangeurs qui sont les points de contact entre l’eau géothermale et le réseau de chaleur », explique Anaël Gendre après avoir fait entrer les visiteurs dans une pièce où deux grosses grilles protégeant des tuyaux se font face à face. « A aucun moment, il n’y a de mélange entre l’eau géothermale et celle qui circule dans le réseau de chaleur. Il faut juste imaginer ça comme deux gros anneaux imbriqués dont l’un communiquerait sa chaleur à l’autre », continue l’ingénieur.

Après avoir cédé sa chaleur, l’eau pompée poursuit sa course et est réinjectée via un autre puits dans la couche du Dogger, à quelque 1500 m du lieu où elle a été ponctionnée. « On estime que c’est la bonne distance pour que l’eau désormais refroidie ne fasse pas chuter la température du Dogger », poursuit encore Anaël Gendre.

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Un « doublet » pour un double effet : énergie totalement renouvelable, la géothermie est à la fois plus respectueuse de l’environnement et aussi souvent moins coûteuse, dans la mesure où elle a recours à une production totalement locale. De l’ordre d’une réduction de 10 % sur la facture du consommateur, si l’on en croit Anaël Gendre. L’ensemble du chantier, qui inclut le forage des puits ainsi qu’une modernisation des installations préexistantes, aura coûté 18 millions d’euros au groupe d’Engie, une somme amortie par une délégation de service public signée jusqu’en 2043 avec la ville de Villepinte.

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Pour être complet, il faut toutefois préciser que l’usine de Villepinte ne fonctionnera parfois qu’à 60 % à base de géothermie. Dans les périodes de grand froid et donc de forte demande, on lui adjoindra un complément de 40 % de gaz naturel, qui est lui à l’origine d’émissions de gaz à effet de serre. « Il n’en reste pas moins que l’installation permettra une baisse de CO2 de l’ordre de 17 000 tonnes par an, l’équivalent de 6 600 voitures », ponctue Marina Kulmicht, également employée chez Engie réseaux.
Très attentifs durant la visite, Catherine et Philippe Cartier, un couple de retraités habitant Drancy, se disent convaincus par la géothermie. « Pour moi, c’est une source d’énergie extrêmement intéressante : comme elle est locale, elle ne demande pas de frais d’importations ou de transport », insiste Catherine qui dit prêter une attention accrue à l’environnement.

Une autre dame dans le cortège de visiteurs s’enquiert quant à elle des conditions de sécurité. « Aucun danger, la géothermie est depuis de longues années un savoir-faire français », rassure Anaël Gendre. Une expertise à laquelle participe d’ailleurs la Seine-Saint-Denis qui, outre Villepinte, compte bien d’autres exemples de géothermie sur son territoire : Tremblay la pionnière, inaugurée en 1984 et qui vient de renouveler ses installations en octobre, Neuilly-sur-Marne ou encore Rosny-sous-Bois, dont le site de la ZAC de la Saussaie Beauclair devrait être mis en service en juin 2016.

Christophe Lehousse

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