Joue-la comme Marlet

Il a commencé sa carrière au Red Star, il en est l’actuel directeur sportif : Steve Marlet, ancien international, a l’étoile rouge cousue au cœur, et avec elle, toute la Seine-Saint-Denis.

C’est là que tout a commencé : posté sur un banc du stade Bauer à Saint-Ouen, Steve Marlet, 40 ans, se confie en toute décontraction. Sur sa carrière débutée au Red Star, avant qu’elle ne l’emmène vers Auxerre, Lyon, Fulham ou encore Marseille. Sur les Bleus avec lesquels il compte 23 sélections. Sur son travail actuel de directeur sportif, ainsi que sur la prochaine Coupe du Monde, dont il ne perdra pas une miette.

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Le Red Star, c’est quoi pour vous ?

"Je dirais que c’est le début de tout. C’est le début de ma carrière, avec ma formation et mon premier contrat pro et c’est aussi le début de ma reconversion, puisque j’en ai d’abord été l’entraîneur adjoint avant d’en devenir depuis cette saison le directeur sportif."

Plus généralement, vous avez un lien fort à la Seine-Saint-Denis...

"Oui, c’est vraiment un département que j’aime. A l’origine, je ne suis pas de région parisienne (il est né à Pithiviers, dans le Loiret) mais j’ai passé toute mon adolescence en Seine-Saint-Denis. Au départ, on habitait Saint-Denis avec ma mère puis on a obtenu un logement social à Villetaneuse. Par la suite, j’ai pris un appartement à Saint-Ouen puis à La Courneuve. Je voulais vraiment revenir ici, dans cette région qui m’a permis de me construire. C’est pour ça que j’aimerais que ce club puisse être dans l’élite pour représenter les couleurs du 93."

Ironie du sport, votre arrivée ici en 1989 a pourtant été un peu le fruit du hasard...

"Totalement. J’avais 15 ans, je venais du PSG et je m’étais blessé l’année d’avant. J’étais donc à la recherche d’un club et j’ai sollicité les autres clubs-phares de la région qui étaient le Racing et le Red Star. Le Racing avait bouclé son recrutement et au Red Star on m’a proposé de faire un match amical. Je me rappelle que c’était à Bobigny et j’avais vraiment bien joué. Juste après, l’éducateur Alain Chéramy m’avait dit : « pas besoin d’en voir plus, on te prend ». Deux ans plus tard, je jouais mon premier match en D2."

La dernière fois que le Red Star a joué en 1ère division, c’était en 1975 et pourtant, c’est un nom qui continue de parler aux gens. Pourquoi d’après vous ?

"Parce que les années fastes que le club a connues, en 70 et ensuite à mon époque dans les années 90, ont entretenu son aura. Par exemple, on me parle souvent de mon époque parce qu’elle a marqué les esprits. En élite nous avions de bons résultats et nous étions aussi le meilleur club en catégories jeunes. Le club était notamment une référence en matière de formation."

Et maintenant ? Vous continuez quand même à former, non ?

"Oui, mais le souci, c’est qu’on n’est pas un club professionnel donc on ne peut pas retenir les joueurs. Les meilleurs partent vers 13-14 ans, dans des clubs qui font la pré-formation. En cas de montée en L2, l’un des projets-phares du club serait justement de faire un centre de formation pour nous structurer et garder nos meilleurs jeunes."

A quelques mois du Mondial, comment sentez-vous l’équipe de France ?

"C’est compliqué : si on se réfère aux deux derniers matches et notamment au match retour contre l’Ukraine, on peut se dire que cette équipe peut aller très loin. Mais c’était aussi un contexte particulier, où l’équipe s’est surpassée. Cela dit, avec un adversaire abordable en 8e, je dis qu’on peut ensuite viser les demi-finales, ce qui serait une très belle performance quand on sait d’où ils viennent."

Vous qui jouiez souvent ailier droit, qui aimeriez-vous voir à ce poste ?

"Les deux joueurs qui m’auraient vraiment plu n’y sont plus : c’étaient Ben Arfa et Menez. Ensuite, Valbuena au top de sa forme a toutes les qualités requises, mais il est moins performant cette année. Pour moi, il reste le favori, même s’il faut faire attention à Griezmann qui m’a fait forte impression lors de France-Pays Bas."

Un pronostic de finale ?

"Allez, France-Allemagne avec une victoire française, pour faire revivre les classiques !"

Le tirage du Mondial a été très favorable à l’équipe de France...

"Oui, Suisse, Equateur, Honduras : c’est clair qu’on a déjà vu plus dur comme groupe. La Suisse peut être un morceau compliqué, mais il y a deux places qualificatives, donc on peut largement sortir de ce groupe. Maintenant, il y a toujours une équipe-surprise qui va jusqu’en huitièmes donc attention à ce que cette surprise ne soit pas dans notre groupe."

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Comment êtes-vous venu au foot ? Quelqu’un vous a transmis cette passion ou c’est venu naturellement, dans la cour d’école ?

"Je pense que j’avais déjà ça en moi parce que je tapais dans tout ce qui était rond. Mais c’est vrai que mon oncle, qui était éducateur à Pithiviers, m’a transmis le virus. Dès que j’ai été en âge de m’inscrire, je l’ai fait. Je n’étais pas le seul : à un moment, mes deux frères, et même une de mes sœurs y jouaient."

Quels souvenirs gardez-vous de vos années en bleu ?

"Il y a un peu de tout. Il y a cet Euro de 2004 où on est éliminés en quarts et où je ne peux pas disputer un seul match (en raison d’une blessure). Mais avant ça, il y a eu les deux Coupes des confédérations (2001, 2003) que nous avons remportées. Globalement, je n’ai que des bons souvenirs. C’était toujours un plaisir pour moi d’aller en équipe de France. Surtout qu’il s’agissait d’une génération exceptionnelle. C’est une grande fierté pour moi d’avoir pu côtoyer de tels joueurs."

Avez-vous gardé des liens avec certains ?

"Oui, avec Bernard Diomède par exemple, que j’ai connu aussi à Auxerre et qui travaille lui aussi en région parisienne. Avec Olivier Dacourt aussi, que j’ai assez régulièrement au téléphone. Sinon, j’ai des contacts de loin en loin avec Grégory Coupet et d’autres joueurs que j’ai côtoyés en club : Lamouchi, Drogba. C’est toujours un plaisir de se voir."

Dans votre carrière de club, qu’est-ce qui vous a marqué le plus ?

"Ce n’est pas facile de ressortir un élément. Dans chaque club, j’ai eu des moments marquants. Le club où à titre personnel, il s’est passé le plus de choses pour moi, c’est sans doute Lyon. J’y ai tout connu : mes premières sélections avec mon premier trophée (Coupe des confédérations 2001) et mon fils y est né. Ensuite, Auxerre est la période la plus formatrice. On jouait en 4-3-3, marquage individuel, des consignes strictes, une préparation d’avant-saison très dure. Ça m’a construit. Et avec Marseille, je retiens ma finale de Coupe d’Europe (contre Valence)."

La petite histoire dont vous vous rappellerez toujours au Red Star ?

"Sans doute mon premier but en D2, contre Valenciennes. C’est une anecdote assez drôle. On gagne 1-0 et devant les caméras d’Eurosport après le match, quand on me demande de raconter mon but, je dis assez naïvement que je ne l’ai pas fait exprès, ce qui était vrai. J’avais profité d’un rebond pour lober le gardien. Mais juste après, mon président était allé me chercher pour me dire qu’il ne fallait jamais admettre qu’on n’avait pas marqué exprès, surtout pour un attaquant."

Pour parler du Red Star aujourd’hui, ça n’a pas suffi pour la montée. Mais vous aurez fait une superbe phase retour...

"C’est vrai que depuis que Sébastien (Robert) a pris l’équipe à la 10e journée, on a eu un excellent parcours alors qu’on était relégables jusque là. Et ce qui est formidable, c’est qu’on a réussi à inverser la tendance sans changer de joueurs. Le mérite en revient à Sébastien et à son staff et puis il y a eu une sorte de gestion collective qui va avec l’esprit du club."

Dans le débat sur le futur du stade, êtes-vous plutôt partisan d’une rénovation ou d’un déménagement dans une nouvelle enceinte ?

"Ce n’est pas évident, je suis partagé là-dessus. Je suis aussi le premier supporter du club et donc ça me plairait de voir un stade Bauer rénové, répondant aux critères de L2 ou même de L1. Ce stade a effectivement une histoire et une âme. En même temps, si on veut être le 2e grand club parisien de demain et si on regarde ce qui se fait ailleurs, à Lyon ou à Nice, je pense qu’il faudra qu’on fasse le choix de quitter Bauer. Déjà en cas de montée en L2, le stade ne serait pas aux normes et cela nécessiterait énormément de rénovations."

Rester un club populaire dans un stade moderne avec tout ce que cela suppose en termes de prix des places, c’est possible selon vous ?

"Oui, je pense que c’est possible. Ce qui fera qu’on conservera ce côté populaire, ce sera notre relation avec les supporters, la presse, les gens de la ville, notre formation. On ne va pas jouer 500 ans dans ce stade sous prétexte qu’il est chargé d’histoire. A un moment, il faudra bien évoluer."

Un deuxième gros club parisien, c’est réalisable selon vous ?

"Oui, là aussi je pense que c’est possible. Ce n’est pas facile parce que tous les clubs parisiens - le Paris FC, Aubervilliers, Drancy - aimeraient un jour ou l’autre être ce deuxième club. Cette concurrence est donc une difficulté supplémentaire, par rapport à la province par exemple. Maintenant, on a un peu d’avance par rapport à d’autres : il y a notre classement et ce côté historique qui peut être une vitrine pour attirer certains joueurs."

Redevenir un club formateur, c’est un des grands objectifs du Red Star ?

"Oui, c’est le but de tout club. Mais c’est vrai que nous voulons donner tout particulièrement leur chance aux jeunes de la région. Pour le moment, nous essayons d’établir des passerelles entre la réserve, qui va monter en DH, et l’équipe première. Cette année, trois joueurs de la réserve ont évolué avec nous en National. L’objectif à terme, c’est d’avoir 50 % des joueurs de notre équipe première formés au club."

Qui arrivez-vous pour l’instant à attirer ?

"La sphère d’influence est essentiellement locale. Comme on est aux portes de Paris, il y a quelques jeunes du 18e, des Hauts-de-Seine aussi. Sinon, il y a beaucoup d’enfants de Saint-Ouen et on récupère aussi des jeunes des communes autour. Mais beaucoup de clubs alentour ont aussi de bons éducateurs, donc les enfants y restent. Ce n’est qu’à partir des catégories à onze qu’ils viennent éventuellement ici."

Propos recueillis par Christophe Lehousse

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