Jacques

Depuis de nombreuses années, Jacques vit avec sa femme malade et dépendante et s’occupe de son petit-fils orphelin. La vie de Jacques est marquée par le malheur, le deuil et les accidents. Aujourd’hui, confronté aux difficultés d’un aidant familial, il souffre en silence dans son quotidien et perd goût à la vie. Comment ne pas sombrer dans la dépression face au devoir de soigner un proche en fin de vie ? Comment retrouver sa place et exprimer son mal-être lorsqu’on aide une personne dépendante ? Comment ne pas devenir à son tour négligeant et harcelant envers ses proches ?

L’arrivée de Léo

Depuis environ 7 ans, Léo le petit-fils de Jacques, vit au domicile de son grand-père. Ce jeune homme de 25 ans souffre d’une maladie chronique et vit de façon marginale. Jacques a la sensation de subir sa présence, mais ne souhaite pas contrarier l’affection que sa femme porte à Léo.

« Je n’étais pas pour qu’il vienne. »

Le quotidien de Jacques est également marqué par la maladie incurable de sa femme dont il s’occupe depuis de nombreuses années.

La souffrance de jacques

Jacques n’a jamais réellement exprimé sa souffrance. Il garde pour lui ses émotions et parle très peu de ses pulsions suicidaires. Il est seul, et ne rencontre aucune personne pour se confier.

« J’ai l’air de parler de moi, mais très égoïstement, je suis arrivé à me dire que j’ai tellement parlé de ma femme que maintenant j’ai envie de parler de mes souffrances, un peu. Oui, c’est vrai, j’ai envie de parler de mes souffrances parce que je n’en peux plus. J’suis au bord du suicide. Je suis très suicidaire. »

Parfois, Jacques repense à sa vie passée, avant la maladie de sa femme, et avant l’arrivée de son petit-fils. Jacques était pianiste et enseignait sa passion aux autres. Aujourd’hui, la dépression gagne sa vie.

« Vous savez, jour après jour, heure après heure (…) je sais que demain sera semblable à aujourd’hui. Je sais que dimanche sera semblable au samedi. Alors que toute ma vie, je l’ai passée avec passion. »


Jacques se sent seul face à la maladie de sa femme, dans les gestes du quotidien. Le domicile est devenu un lieu de contraintes, la maladie régissant le rythme des journées de Jacques.

« Je n’ai plus la liberté de faire ou de ne pas faire. Ma vie est devenue une obligation permanente où je suis obligé de faire un travail que les autres ne font pas, où je suis obligé de m’occuper d’une femme qui est en fin de vie, qui souffre et qui n’est pas toujours agréable. »

« Le temps me manque. Les aides-soignantes sont là pour la changer. Mais tout ce qui est le plus important, ses demandes personnelles fréquentes, je suis obligé d’être là pour la servir. C’est un engagement moral. »


Face au mode de vie de son petit-fils, l’espace de vie et d’intimité de Jacques se réduit.

« Je ne vais plus aux toilettes chez moi, je vais au centre culturel parce que les toilettes sont impraticables et tellement sales. »

Les relations avec son petit-fils empoisonnent le quotidien de Jacques.
Menant une vie marginale, le jeune homme manifeste son opposition aux règles dans l’agressivité et la brutalité.

« Il fume entre 20 et 25 joints par jour. Il va fumer la porte ouverte, tout en sachant que ma femme a des problèmes de coeur. Il hurle, on ne peut rien dire, tout est pris de travers. Il a souvent des accès de colère et des insultes. »

« Peut-être en raison de sa maladie, il est très introverti, il hait la société. Il me dit qu’il aime bien le sang, ça fait peur. »


Pendant longtemps, Jacques a fui son domicile et son quotidien, qu’il jugeait insupportables. Jacques partait plusieurs jours, jusqu’à dormir dans la rue.

« Je suis parti errer 2 ou 3 jours pour m’enfuir de chez moi, passer des nuits sous un abribus pour éviter les problèmes. »

La souffrance de Jacques devient physique.

« J’ai le torse, les bras dans une friteuse bouillante 24h sur 24h. »


Quand Jacques recroise une de ces anciennes élèves du conservatoire de musique, il retrouve un peu de joie de vivre.

« Ce que j’ai reçu en don, j’ai essayé de le donner. Il y a 3 ans, une jeune femme me tombe dans les bras et m’offre une place pour son premier concert à Pleyel. C’est très émouvant, car vous avez transmis et donné quelque chose. Ça, c’est la joie de vivre. Malgré mes problèmes, j’arrive encore un tout petit peu à transmettre ou à donner. »

Le témoignage audio de Jacques



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