Étudiants et agents très précieux…

Lors de la COP21 au Bourget, une centaine d’étudiants de Seine-Saint-Denis agissent comme « agents de liaison » auprès des délégations étrangères. Une mission qu’ils ont préparée au cours d’une formation très pointue soutenue par le Département.

Bandeaux sur les yeux dans les couloirs de l’université Paris 8 à Saint-Denis, des étudiants cherchent à se frayer un chemin jusqu’à leurs salles de cours, guidés par la voix d’autres étudiants. Certains pas sont très assurés, d’autres progressent à tâtons. Une sorte de colin-maillard qui les enverra, en fait, tout droit au Bourget à partir du 30 novembre pour la COP21, autrement dit la « 21e Conférence des parties à la convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique. »

La centaine d’étudiants réunis à Paris 8, le week-end des 21 et 22 novembre, a répondu avant l’été à l’appel du secrétariat général de la COP21 — en partenariat avec le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis et les universités franciliennes — en vue de recruter les « agents de liaison » qui accompagneront les quelque 170 délégations étrangères lors de la COP21. Le tout validé par une convention de stage. Et donc deux journées de formation en anglais ou en « posture professionnelle et interculturalité ». Un terme qui recouvre donc le fameux « jeu à l’aveugle » dispensé par la troupe de Luc Gentil, comédien et créateur de la société de production parisienne Bord de Scène. Lequel nous explique l’intérêt du jeu de l’aveugle pendant que des étudiants se cognent encore aux murs : « En fait, c’est une situation qui permet de faire éprouver toute la responsabilité de la personne qui prend soin de l’autre et c’est aussi ce qui fera partie de leur mission d’agent de liaison : prendre soin des délégations étrangères. » Une mission « large » détaille Aurore Brachet, cheffe du projet éducatif départemental qui coordonne pour le 93 le volet jeunesse de la COP21 : « Ce sera aussi bien de l’organisation pour assister les délégations ou de l’aide apportée pour le compte-rendu d’une réunion. Les agents de liaison s’adapteront à la taille et aux forces de leur délégation. »

Pas inutile donc de s’appuyer sur une formation qui vous donne quelques « trucs » pour mieux accueillir des hôtes étrangers. Ce qui a amené le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis à nouer un partenariat avec l’Accor Hôtels Académie, filiale du géant de l’hôtellerie. « Se mettre en empathie avec les gens, c’est notre cœur de métier, explique Constance Martineau, la directrice de l’Académie, et c’est sur ce critère qu’on s’est mis d’accord avec le Conseil départemental sur les besoins en formation — en anglais et en méthodes d’accueil — des étudiants recrutés pour devenir agents de liaison. »
Des méthodes loin d’être inconnues de Mariam Doijashvili, en licence de science politique à Paris 8 et qui a beaucoup travaillé dans le tourisme chez elle à Tbilissi en Géorgie. « Mais, c’est très bien, enchaîne-t-elle de retravailler sur la façon de se présenter, parce qu’on apprend toujours de nouvelles choses. Et, bien sûr, on les mettra en pratique lors de la COP21. »

Exactement ce qu’attend Nicolas Cuadrado, un autre étudiant en science politique de Paris 8 qui sort tout juste d’un cours d’anglais adapté à l’environnement : « Passer de la théorie à la pratique, c’est toujours mieux ! En tout cas, avoir un vocabulaire spécifique à l’environnement n’a rien d’inutile parce que l’anglais à la fac est toujours adapté à nos matières. » Habitant du Raincy et jogger habitué aux berges du canal de l’Ourcq, il veut aussi donner à l’occasion de la conférence du Bourget « une autre image de la Seine-Saint-Denis et montrer que la population du 93 peut aussi être mise en avant lors de grands évènements internationaux, et pas seulement sportifs. On jouera un peu un rôle d’ambassadeurs… »
Et d’agents très précieux aussi…
Frédéric Haxo


Portraits

Mamadou Touré, la COP21 du Nord au Sud

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Étudiant en science politique à Paris 8 et habitant de Saint-Denis, le presque trentenaire ne voulait pas rater l’opportunité d’être au cœur d’un évènement international.
Quand il a eu vent de l’opportunité de devenir agent de liaison pendant la COP21, Mamadou Touré, 29 ans, étudiant en Masters 2 de science politique à Paris 8 Saint-Denis n’a pas perdu le nord… Remarquez, c’est un peu sa spécialité puisque son masters porte sur « les enjeux de la coopération et les rapports Nord-Sud. » Bref, la COP21 est un de ses domaines d’études. « Pour moi qui compte travailler dans une ONG agissant dans l’aide au développement, je me suis dit que c’était une opportunité à ne pas rater, dit-il. Et puis, venant d’Afrique et d’Abidjan en Côte d’Ivoire, j’avais envie d’en savoir un peu plus sur les conséquences des dérèglements climatiques sur les pays du Sud, d’aller un peu plus loin que les habituelles explications des grandes puissances productrices de ces dérèglements -la Chine et les États-Unis- qui passent leur temps à se dédouaner de leurs responsabilités. » Être au cœur de l’événement, faire fructifier sa formation, voilà deux motifs suffisants pour se lancer un samedi de novembre dans la formation prodiguée pour les futurs agents de liaison. « On comprend vite à travers les jeux de rôle proposés par notre formateur qu’on ne peut rien faire tout seul et que la communication est essentielle. » Habitant de Saint-Denis depuis janvier 2014, il en était déjà persuadé : « J’adore cette ville parce que le coût de la vie y est abordable et parce qu’Africains, blancs, arabes, on arrive tous à s’y entendre. Et, je crois que les évènements récents liés aux attentats n’arriveront pas à défaire ça. »


Cristiana Esteves Lima, écolo-convaincue

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Étudiante en masters de traduction portugais-français, la jeune femme espère que la COP21 améliorera les comportements écologiques.
Dans sa famille, Cristiana passe « un peu pour l’écolo de service. » Ce qui la fait sourire, mais ne l’empêche pas d’avoir « toujours eu un grand intérêt pour l’écologie, d’avoir beaucoup lu aussi sur le thème du réchauffement climatique ». Autant dire qu’elle n’a « pas hésité » à postuler à la mission d’agent de liaison lorsque son directeur de masters-2 de traduction portugais-français à Paris 8 lui a fait part de l’opportunité de stage. « Lors de ma mission, se projette-t-elle, j’espère obtenir davantage d’infos sur les enjeux climatiques au contact des délégations. Être au cœur de l’histoire me permettra de mieux comprendre les décisions qui seront prises lors de cette COP21. »
En attendant l’ouverture du sommet, la jeune femme de 24 ans, originaire de Bordeaux et installée depuis deux ans en région parisienne pour ses études, va continuer de potasser un livre en portugais sur « la politique de l’environnement au Portugal depuis les années 50 ». Et, « approfondir aussi un peu plus » le cours d’anglais adapté à l’environnement reçu lors de sa journée de formation.
Pour le reste, elle continuera à prêcher pour la planète : « Au Portugal, chez moi dans le Nord du pays, les gens sont beaucoup moins sensibilisés à l’environnement qu’ici en France, il y a encore du travail. En Ile-de-France aussi où je suis régulièrement choquée lorsque des gens se permettent de jeter leurs déchets par la fenêtre des voitures sur les routes. » Un manque de respect pour l’environnement qui « l’agace au plus haut point ». Du coup, elle espère que la « COP21 alertera ceux qui font aujourd’hui n’importe quoi… »


Almanese Decimus, plus vite, plus haut, plus bio…

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Originaire d’Haïti et habitante de Seine-Saint-Denis, cette étudiante, par ailleurs athlète de l’AS Pierrefitte, espère que la COP21 renforcera la responsabilité écologique du département.
Elle l’avoue sans détours… Il y a encore quelques semaines, la COP21 ne disait « rien du tout » à Almanese Decimus, étudiante de 24 ans en masters 1 génie des procédés à Paris 13 Villetaneuse. Et puis en mai, un professeur de licence l’a alertée sur la possibilité d’un stage d’agent de liaison. Du coup, elle s’est un peu plus renseignée et a postulé. « Le réchauffement climatique concerne tout le monde, on le voit par exemple avec la montée des eaux autour des îles », explique la jeune femme originaire de l’île d’Haïti quelle a laissée derrière elle pour la Seine-Saint-Denis et Pierrefitte en 2001. Une Seine-Saint-Denis qu’elle n’a plus quittée puisqu’elle habite aujourd’hui à Épinay, étudie à Villetaneuse et a fait son dernier stage d’études à Saint-Denis au sein d’Engie, le géant de l’électricité et du gaz. La COP21 au Bourget sera donc une nouvelle étape de son itinéraire séquano-dionysien. « Cette COP, ce sera aussi un plus sur mon CV puisque ma formation peut m’amener à travailler dans le traitement des déchets, de l’air et de l’eau. » Athlète et éducatrice à l’AS Pierrefitte à ses heures perdues, Almanese se dit aussi « un peu bio » et aime à constater les changements environnementaux qu’a connus le 93 ces dernières années. « Il y a une attention sur l’écologie qui est en train de monter, les nouvelles constructions, par exemple, sont beaucoup plus respectueuses de l’environnement. Pour moi, la Seine-Saint-Denis est vraiment sur la bonne voie en matière écologique et j’espère que la COP21 servira à le faire savoir un peu plus. »
Propos recueillis par Frédéric Haxo

A lire aussi : COP21 : « Prouvons qui on est »

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