Edith

Suite à une dépression il y a 15 ans, Édith est placée sous curatelle renforcée par sa famille. Depuis ce moment, ce sont des curateurs qui gèrent sa vie, sur le plan financier et matériel. Édith ressent de l’injustice et de l’incompréhension dans cette situation, et se sent emprisonnée dans sa propre vie. Quelle est la frontière entre la protection et la contrainte ? L’encadrement matériel du quotidien laisse-t-il une part d’humanité ? Comment conserver sa dignité lorsque la liberté fait défaut ?

La mise sous curatelle

Il y a 15 ans, Edith subit une dépression et se retrouve hospitalisée pendant quelques semaines. À sa sortie, son fils la place sous curatelle, sans qu’elle puisse émettre son avis. Édith ressent de l’incompréhension.

« Pour moi, je trouve ça trop dur parce que j’ai toujours eu toute ma tête. Si j’avais beaucoup manqué et si j’avais été mise en longue maladie, j’aurais vraiment compris. Alors, je ne le supporte pas. »

L’absence de liberté

Les règles imposées par le système de curatelle renforcée paraissent trop dures à Édith.

« Je voudrais avoir par la suite quelque chose d’un petit moins dur, parce que j’ai en somme 80 euros par semaine pour la nourriture ou pour les produits d’entretien. »

Édith se sent privée de sa liberté et enfermée dans son quotidien.

« Vous ne pouvez rien choisir, vous ne pouvez rien faire. »

Surtout, Edith a le sentiment de ne plus vivre.

« Là, je me dis que je n’existe pas. J’existe sans exister. À part mes 80 euros, bon ben tout est réglé quand même, mais je n’ai pas l’impression de vivre. »


Parfois, Édith exprime un sentiment d’absurdité par rapport au système qui lui est imposé.

« Quand ma mère est morte, ben je voulais quand même… J’avais besoin d’une paire de chaussures. Je n’avais pas de vêtements. He ben, j’ai pas pu l’obtenir et… ben je suis pas allée à l’enterrement. »

Aucune exception à la règle ne semble être faite, même lorsqu’Édith souhaite inviter des proches pour le repas de Noël.

« L’année dernière, il m’a donné 100 euros, mais le lendemain de Noël. Ben je lui avais dit que je recevais du monde à Noël. Pourquoi mon curateur a fait ça, je sais pas… »

Dans certains moments de sa vie, Édith se sent mal à l’aise et ressent de la honte.

« J’ai eu, j’avais même pas trois soutiens-gorge en trois ans de temps. J’aime mieux vous dire qu’ils étaient distendus, mais vraiment distendus. L’an dernier, j’avais honte parce que pour aller chez le médecin, ça devenait, vous savez, ça faisait comme de la peau. »


La parole ne permet pas d’infléchir le système, ni de faire entendre les angoisses du quotidien.

« Un jour, il y a eu un dégât des eaux. La curatrice m’a dit : Il faut attendre un an avant de refaire des travaux. Puis du coup, après elle est partie. D’autres curateurs ont passé. J’en ai parlé, mais j’en suis toujours au même point. »

Pour Édith, le système de curatelle apporte plus de contraintes que de protection.

« Ha si ce qu’on sait me dire souvent, quand j’étais pas trop contente, ben oui mais vous êtes quand même protégée. Oui mais je dis vous savez d’entendre toujours ça, on avance pas pour plein de choses. Des fois, je dis à des personnes, si vous étiez à ma place, vous verriez. »

Malgré la dureté de sa curatelle, Édith ne nourrit pas de rancoeur.

« Heureusement que j’avais quand même un caractère assez heureux parce que j’aurais pu devenir drôlement rebelle. »

« Je peux pas m’en prendre aux gens. C’est pas de leur faute. C’est pas de la faute des gens. C’est de la faute de personne. Du système. Un peu. »

Le témoignage audio de Edith



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