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Un jour à la COP

Mardi 1er décembre, après le coup d’envoi donné par les chefs d’État, la COP21, qui se déroule au Bourget jusqu’au 11 décembre, s’est mise en ordre de bataille. Plongée dans une véritable ville dans la ville, avec ses espaces de travail, de débat et de restauration.


« S’il vous plaît, je cherche le side-event sur l’agriculture responsable, on m’a dit que c’était dans le hall 2, près du restaurant Place des Vosges… » Qu’il vienne de Seine-Saint-Denis, de Dallas ou des Îles Vierges du Pacifique, le visiteur non-initié sera d’abord désarçonné par la COP21. Effet « Lost in translation » garanti. Cet événement diplomatique mondial – le plus grand jamais organisé par la France — a en effet ses propres codes et ses propres règles de fonctionnement, qui ne s’offrent pas au premier venu. En même temps, avec ses 45 700 visiteurs annoncés, dont 24 000 personnes accréditées, quoi de plus normal que d’avoir besoin d’un petit temps d’adaptation pour se repérer dans cette ville dans la ville ?

Pour un bon tour de chauffe, on conseillera de commencer par l’Espace Générations Climat, ouvert à tous et dévolu à la société civile et à différentes collectivités territoriales. Ce mardi matin, on y est déjà à pied d’œuvre pour monter les premières expositions et débats, y compris sur le stand du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis où trois bornes interactives donnent à voir les différentes politiques départementales en matière d’environnement.

Un peu plus loin, le stand de l’UNESCO a lui aussi commencé pied au plancher en organisant sa première conférence sur le thème de « l’ère de l’anthropocène », autrement dit la période où l’impact de l’homme sur le climat est avéré. Un sujet qui a séduit Monica Ahn et Janis Tebecas, un couple venu de Sydney. Impliqués dans l’environnement « depuis toujours », les deux jeunes Australiens se disent ravis d’être en France et optimistes sur le résultat de la COP21. « La dynamique politique est bonne, bien meilleure qu’à Copenhague en 2009, assure Monica, étudiante en développement durable. La preuve, c’est qu’à la différence de Copenhague, 180 pays ont déjà rendu leurs contributions nationales en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Je pense donc que nous ressortirons de cette COP avec un accord peut-être perfectible, mais allant dans le bon sens. »
Eva Moreno, paléoclimatologue au Musée d’histoire naturelle de Paris et qui vient de s’exprimer lors de cette conférence de l’UNESCO, est beaucoup plus réservée sur le sujet. « Ça n’engage que moi, mais je crois que le lobbying des grands groupes économiques est bien trop fort pour que cette COP puisse déboucher sur un accord réellement ambitieux.  » Ce n’est pourtant pas faute de tirer la sonnette d’alarme depuis de nombreuses années maintenant, souligne cette spécialiste du climat du passé. « Le climat du passé peut nous apprendre beaucoup de choses sur le futur, explique-t-elle ainsi. Par exemple, le GIEC (Groupe intergouvernemental des Experts sur le Climat) nous dit que si on ne change rien à nos émissions actuelles, on risque d’avoir une augmentation de 5 à 6 degrés à la fin du siècle. Or, dans le passé, il y a déjà eu une période qui a connu une telle augmentation de température : il y a 800 000 ans, la calotte glaciaire du Groenland et l’Arctique avaient presque complètement fondu, ce qui avait induit une montée des eaux. Il faut donc agir pour éviter qu’on ait ces conditions de vie. »

Étape N°2 : la zone des négociations à proprement parler, dite aussi zone bleue. Ici, les choses se corsent un peu, et il faut s’armer de patience pour comprendre le fonctionnement des lieux. Sur l’allée centrale qui dessert les différents halls, baptisée « allée des Champs Élysées », on assiste d’abord à un défilé improbable. Des négociateurs au pas pressé jettent un œil à de jeunes observateurs d’ONG organisant des manifestations spontanées, des gardes du corps côtoient des peuples indigènes, venus en tenue traditionnelle. On croise ainsi Heyne Zumba et tout un groupe d’Indiens du Pérou coiffés de plumes et s’appelant eux-mêmes avec ironie « les plumifères ».
« Nous sommes ici pour que les négociateurs respectent aussi la parole des peuples indigènes du monde, souligne Heyne. Ceux-ci sont souvent les vrais gardiens de la nature, mais ils ne sont pas assez écoutés. Pourtant, en Amazonie, les conséquences du changement climatique sont déjà là : les inondations ou les impacts que nous subissons dans l’agriculture sont clairement dus au réchauffement. »
On s’engouffre dans le hall 2, qui abrite une partie des 150 délégations venues au Bourget pour y arracher un accord climatique international. Espace divisé en pavillons — un pour chaque délégation — l’endroit fait penser à une Expo internationale, à ceci près que les mines sont ici bien plus concentrées. D’ailleurs, en matière de pavillons aussi, les politiques adoptées ne sont pas les mêmes : la France, l’Allemagne ou le Brésil ont ainsi fait dans la sobriété, quand l’Inde en impose nettement plus, avec son stand d’un blanc immaculé, dont le mur central est fait d’un fin rideau d’eau.
« Indéniablement on se rend compte que le climat change. » On engage la conversation avec Nadine Naalé, qui prend sa pause de midi au pied d’une silhouette de zèbre, mise là pour égayer les lieux. Cette juriste, membre de la délégation du Burkina Faso, fait elle aussi le constat d’une urgence climatique : « On assiste à des ruptures de barrage, des sécheresses, des intempéries qu’on n’observait pas par le passé. » Questionnée sur ses attentes par rapport à la COP21, elle insiste sur le maintien du principe « responsabilité commune mais différenciée selon l’empreinte écologique ». « Au Burkina Faso, le nombre d’industries est minime et notre bilan carbone n’est pas lourd. Pourtant, nous sommes parmi les premiers à ressentir les conséquences des changements climatiques. Il est donc normal d’après nous que les pays riches nous aident à nous adapter au changement climatique, et plus qu’ils ne le font actuellement. »

Cette immersion dans la COP s’achève par un petit tour au Pavillon France, où se tient le fameux débat sur l’agriculture responsable, qu’on a donc fini par trouver. Vincent Colomb, de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), ou encore Hervé Guyomard, directeur de l’Institut national de la recherche agronomique y déplorent notamment que l’agriculture soit la grande absente des tractations de la COP21 alors qu’elle est à la fois source d’émissions et première concernée par le réchauffement.

À la sortie, Naomi Maisel, jeune étudiante de l’université Emory d’Atlanta, aux États-Unis, nous fait part de ses remarques : « Pour moi, une question fondamentale, c’est effectivement changer les habitudes des gens. Mais ça doit s’accompagner de mesures ambitieuses, et pas seulement éducatives. Par exemple, c’est facile de dire aux gens : « mais mangez donc mieux, achetez un peu moins de viande » quand en même temps mon pays, les États-Unis, finance massivement les cultures intensives de blé et de maïs, ce qui favorise les fast foods. » Essoré par le tourbillon de la COP, on reprend le bus, la tête bourdonnante de questions.
Christophe Lehousse

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