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Nos lutteurs rêvent de Rio

Vendredi 22 janvier, les lutteurs de l’équipe de France recevaient la presse dans leur salle de l’INSEP, une semaine avant le tournoi international de Paris. L’occasion de faire un point avec les lutteuses et lutteurs de Seine-Saint-Denis et d’évoquer leurs perspectives.

Mélonin Noumonvi Gréco romaine -85 kg Bagnolet lutte 93

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C’est le capitaine de l’équipe de France de lutte. A 33 ans, il est le plus expérimenté avec déjà 3 participations aux J.O.. C’est la seule compétition où la médaille lui a échappé, parfois d’un rien, et il est le seul à avoir été champion du monde en 2014. « Mélo » est toujours aussi motivé, même si pour lui désormais, la médaille olympique n’est plus le seul critère de réussite.

« Je sais que c’est ma dernière cartouche aux Jeux. J’essaye de ne pas me mettre de pression supplémentaire. Je les aborde différemment, j’ai quatre ans de plus, un titre mondial dans la poche, trois médailles en plus (or jeux méditerranéens, bronze championnats d’Europe et jeux européens)... Je sais que ce ne sera pas la fin du monde si je n’ai pas de médaille. » Des paroles étonnantes de la part de quelqu’un qui a toujours considéré une médaille olympique comme le Graal. Un pas vers plus de sagesse et de sérénité ? « Avec l’âge, on relativise. Attention, c’est toujours ce que je cherche et je ferais tout pour l’obtenir. J’ai envie de partir avec elle autour du cou. » En tout cas, avec son titre mondial, Mélonin a acquis un autre statut dans la lutte mondiale. Ce qui pourra peut-être l’aider à faire basculer la décision des juges de son côté lors de choix délicats. A Londres, la médaille lui a échappée parce que les juges sont revenus sur leur décision de lui accorder la victoire pour une action sur le buzzeur. Beaucoup pensaient que le fait que son adversaire était l’Egyptien Karam Gaber, champion olympique en 2004 dans la catégorie supérieure, a pu influencer les juges... Résultat, Noumonvi a terminé cinquième et Gaber a remporté l’argent.
« Mais, les Jeux c’est une compétition très spéciale. En une fraction de seconde tu peux tout perdre. Mais quand ça passe pour toi, c’est vraiment bon ! »
Mélonin a beaucoup d’expérience, sa lutte est vraiment complète, il sait utiliser toutes les armes ce qui compense la petite perte d’explosivité due à l’âge. Il peut aussi compter sur l’excellente préparation physique dont bénéficie l’équipe de France. « Les Français ne sont pas les plus techniques. Cela s’explique par le faible nombre de licenciés et donc le moindre niveau d’opposition. Par contre, nous avons toujours eu un avantage de préparation physique. Avant c’était Patrice Mourier qui s’en chargeait, mais maintenant qu’il est directeur des équipes de France, c’est Christophe Guénot qui nous soigne. Mais comme Patrice a formé Christophe, on en bave pareil ! »

Steeve Guénot -75 kg Gréco romaine (Bagnolet Lutte 93)

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A l’INSEP, il s’entraîne dans la salle Steeve Guénot. C’est dire s’il a déjà marqué l’histoire de la lutte française. Double médaillé olympique (or à Pékin et bronze à Londres) médaillé d’argent aux championnats du monde 2007, le cadet des frères Guénot n’a plus rien à prouver. Mais sa vie, c’est la lutte. Alors il tentera à nouveau de se qualifier pour une nouvelle olympiade, si son corps le lui permet.
« Je vise mes troisièmes Jeux. Mais je ne suis pas encore qualifié ! Ce sera en moins de 75 kg, fini les moins de 66 kg comme à Pékin. Je descendais dans cette catégorie avec du mal pour ne pas rencontrer mon frère Christophe. Mais maintenant, il a arrêté et je pèse 80 kg, alors c’est sûr que je ne vais pas aller en moins de 66 ! »
Steeve Guénot est l’un des meilleurs lutteurs au monde. A chaque compétition, il est attendu. « Depuis le temps, je connais tous mes adversaires. Mais ils me connaissent tous aussi ! Et il y a aussi des jeunes qui montent. Les moins de 75, c’est une catégorie très relevée. C’est là où il y a le plus de monde, cela fait partie des poids les plus courants dans la population. Dans les lourds, les +plus de 120 kg il y en a 4, 5 qui sont forts. Chez les moins de 75, il y en a 25 ! »
Malgré des années passées sur les tapis, Steeve continue de se dépenser sans compter. « Je prends toujours autant de plaisir à venir m’entraîner à l’INSEP avec les jeunes. Mais c’est physiquement que ça devient dur, j’ai un peu mal partout. Je dois me faire infiltrer le coude dans quelques jours, je devrais aussi me faire opérer d’un genou... La question c’est est-ce que le physique arrivera à suivre ? Je ne peux pas m’entraîner à 100%. Et aller chercher une qualification olympique, c’est difficile. Il faut être au maximum. J’ai pris du retard dans ma préparation à cause de blessures. Et puis je ne suis plus le seul Français dans la catégorie, il faut faire sa place. On verra après Paris et le tournoi de Hongrie. Je ne me prends pas la tête : ça passe ou ça casse ! »
Quoi qu’il en soit, le double médaillé entame là sa dernière campagne olympique. « Si je me qualifie, je patienterai après les Jeux pour me faire opérer du genou. Sinon, opération rapidement, et objectif 2017 pour terminer ma carrière lors des championnats du monde à Paris. Après, il sera temps de raccrocher et de passer dans le staff. »

Evrik Nikoghosyan Gréco-romaine -75kg Bagnolet lutte 93

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Evrik Nikoghosyan, lui aussi veut aller à Rio. Première difficulté, il évolue dans la même catégorie que Steeve Guénot. Mais il est confiant, il lui est déjà arrivé de l’emporter sur son partenaire de club, tout double médaillé olympique qu’il soit.
« Je me sens bien, pas de bobos. Un peu fatigué car nous revenons d’un stage de deux semaines d’oxygénation en altitude où nous avons fait pas mal de ski de fond. On a pas l’habitude ! Mais ça fait du bien, ça change un peu. Nous faisons toujours de la lutte, alors mentalement, le changement fait du bien. Après on est content de revenir sur les tapis ! »
Evrik est arrivé en France en provenance d’Arménie en 2007 et a été naturalisé après les Jeux de Londres, au même moment qu’Akhmed Aibuev. Auparavant, il ne pouvait pas participer au championnat de France. Sa naturalisation a changé bien des choses. « Cela m’a soulagé. Au début je n’avais pas de papiers, puis une carte de séjour et enfin la naturalisation. Je crois que je m’entraînais encore plus avant de devenir français. En fait, j’étais tout le temps à fond, parce que je voulais bien faire. Maintenant, j’ai toujours autant envie de gagner, mais je suis plus tranquille et je m’entraîne mieux. »
L’atout d’Evrik, c’est son physique. Un cube. Puissant, endurant, il tire profit d’un engagement total lors des séances épuisantes d’entraînement. Son physique, il le façonne façon forgeron. « On ne lâche rien, on va au bout, et ça va payer. Le travaille paye toujours. » Il le reconnaît, la technique n’est pas son meilleur atout. « Mais j’ai la caisse, je sais fatiguer mes adversaires. Et après, à moi de trouver le point faible et d’appuyer dessus. »
Mais ce combattant s’attendrit aussi lorsqu’il parle de son fils. « Il a deux ans, il s’appelle Narek. Je ne le vois pas assez souvent. Parfois j’en ai trop envie, mais la lutte c’est mon boulot, ma maison. Nous sommes partis 200 jours par an en stage à l’étranger pour trouver de l’opposition. Après le tournoi de Hongrie, nous partons le 10 février pour un stage à Cuba, il y aura aussi la Bulgarie, le Kazakhstan et puis d’autres encore... »

Tarik Belmadani Gréco romaine, - 60 kg, Bagnolet lutte 93

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Tarik est un lutteur flamboyant. Capable d’attaques spectaculaires, de gagner face aux meilleurs, il lui arrive malheureusement parfois de se faire surprendre, comme lors de ses premiers jeux à Londres. En ce moment, il se remet à Cap Breton d’une opération à la hanche. Le but est de retrouver la santé et de tenter de se qualifier lors du dernier tournoi de qualification olympique. Une tâche ardue, mais à sa portée. Il y a quatre ans Tarik s’est qualifié alors qu’il avait le pouce fracturé !

Akhmed Aibuev lutte libre -86 kg Bagnolet Lutte 93

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Comme Evrik Nikhogossian, Akhmed Aibuev a dû attendre son passeport français pour lutter dans les grandes compétitions internationales. Né en Tchétchénie, il a attendu cinq ans sa naturalisation alors qu’il s’entrainait déjà à l’Insep depuis quatre ans ! Le club de Bagnolet payait pour qu’il s’entraine avec le staff national. Il fait dire que sa lutte est typique des pays de l’Est où on aime les beaux mouvements techniques. Malheureusement Akhmed s’est blessé aux ligaments croisés et lui aussi entame une course contre la montre pour être en forme et tenter de gagner son billet pour les Jeux lors du dernier tournoi de qualification olympique.

Aurélie Basset -55kg CMASA (Club Municipal Aulnaysien de Sports Athlétiques)

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Aurélie Basset est depuis quelques années déjà pensionnaire de l’INSEP. Si elle est habituée à la plus haute marche au niveau français, il lui manque toujours un petit quelque chose pour monter sur un podium d’une épreuve internationale majeure et se qualifier pour les J.O. Et si c’était pour cette année ?

« Le parcours est long pour obtenir le sésame pour les Jeux. Il faut gagner le championnat de France, monter sur le podium dans des épreuves comme le tournoi de Paris, et ensuite se qualifier lors des tournois de qualification olympique. Si j’y parviens, ce sera mes premiers et mes derniers J.O. J’ai obtenu mon diplôme de kiné il y a deux ans, mais je l’ai mis de côté et je n’ai presque pas exercé pour privilégier la lutte. Je pense qu’après les Jeux il sera temps de commencer ma vie professionnelle. Si l’envie est encore là, pour ne pas pousser jusqu’aux Mondiaux de Paris en 2017, mais... » Son avenir de kiné, Aurélie Basset l’imagine en région parisienne et aimerait bien travailler avec... l’équipe de France féminine de lutte. « Nous n’avons pas de kiné féminin, et je pense qu’en étant à la fois kiné, femme, lutteuse, je pourrais mieux répondre à certains besoins des filles. En y étant passée, il y aurait une plus grande compréhension. »
Mais avant d’arrêter, Aurélie souhaite donner le meilleur d’elle-même et s’est efforcée de gommer ses défauts. « J’ai beaucoup travaillé ma garde. J’ai tendance à me redresser car j’ai une lutte très axée sur le haut du corps et au contact. Donc, mes adversaires allaient chercher mes jambes. Je me suis appliquée à ne pas laisser de distance pour les empêcher de déclencher dans les jambes. » Avec une meilleure garde, Aurélie Basset a aussi gagné en confiance. « Ça change la tournure du match, ça va marcher ! »

Mathilde Rivière -53 kg Bagnolet Lutte 93

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Mathilde Rivière est licenciée à Bagnolet depuis trois ans. Elle y est d’abord venue pour s’entrainer avec des partenaires de son niveau et a fini par signer.
« Mon premier objectif, c’est de faire une bonne performance au tournoi de Paris. Si j’y parviens, ça peut m’ouvrir des perspectives pour participer aux tournois de qualifications olympiques. J’essaierai donc d’obtenir une médaille, ce que je n’ai pas réussi au tournoi de Bakou. Depuis j’ai travaillé mes points faibles, mes attaques en particulier. Mais il y a encore du travail ! »

N.B : Pour pouvoir aller à Rio, il faut forcément en passer par un Tournoi qualificatif olympique (TQO). Nos lutteurs auront trois opportunités : du 15 au 17 avril, tournoi continental à Zrenjanin (Serbie) sélection des deux premiers de chaque catégorie ; du 22 au 24 avril tournoi mondial à Oulan Bator (Mongolie), sélection des trois premiers, du 6 au 8 mai tournoi mondial à Istanbul (Turquie), sélection des deux premiers.

Propos recueillis par Georges Makowski

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